Veni, vidi, vici !

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Veni, vidi, vici ! Telle pourrait être la devise du G20 qui a fait, il faut bien le dire, sensation la semaine dernière. Les investisseurs, toujours aussi girouettes, s’en sont donné à coeur joie. Faisant bondir les marchés et revoyant soudainement les perspectives économiques à venir sous un angle nettement plus optimiste !

L’avantage, c’est que les matières ont largement profité de cette bonne humeur généralisée. L’inconvénient, c’est que les déconvenues à venir seront difficiles à accepter lorsque les intervenants ouvriront les yeux pour voir la réalité économique telle qu’elle est réellement. Car contrairement à ce que l’on veut bien croire, la crise est loin d’être réglée, me semble-t-il. L’avis est loin d’être partagé.

Face à ce déluge d’optimisme, l’aversion au risque disparaît soudainement et les valeurs refuges sont "lâchées" par les investisseurs qui repartent sur des actifs plus risqués. Or, yen et dollar en font les frais, mais les matières en profitent.

1. Energie : le brut revient en force
Fort rebond du baril WTI sur la semaine, qui revient de sous les 48 $ à presque 53 $ à New York, avant de finir la semaine à 52,50 $ livraison mai sur le NYMEX. Vendredi, le Brent affichait quant à lui — à Londres sur l’ICE — 53,45 $, même échéance.

Le cours du pétrole a été soutenu par l’affaiblissement du dollar en milieu de semaine. Il a également été dopé par "l’effet G20" qui a fait bondir les marchés actions, rassurés sur les perspectives économiques.

A tel point que le terrible chiffre des destructions d’emplois aux Etats-Unis (663 000 en mars) est passé totalement inaperçu alors qu’habituellement il fait plonger le brut. (Plus de chômage, c’est moins de pouvoir d’achat donc une baisse de la consommation de brut en perspective).

En attendant, et à titre personnel, je suis très confiante sur l’évolution à venir du cours du brut. Aussi bien à court terme, qu’à long terme.

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2. Métaux précieux : l’or vacille ; les platinoïdes ont le vent en poupe
Le cours de l’or a perdu 3% sur la semaine sur le marché comptant. Suite aux annonces du G20, les investisseurs euphoriques ont fait bondir les marchés actions, redevenant soudainement très optimistes.

Les girouettes retournant leur veste, l’or "valeur refuge" a souffert. L’aversion au risque s’atténuant, les investisseurs repassent en mode "attaque" et abandonnent l’or.

C’est surtout la décision des pays du G20 de faire vendre les réserves d’or du FMI qui a pesé sur les cours. L’objectif est de lever six milliards de dollars pour faire face aux demandes des pays en détresse. Je vous en avais déjà parlé, rappelez-vous. Le FMI détient quelque 400 tonnes d’or. Les ventes devraient s’étaler sur deux/trois ans.

Ces ventes vont-elles peser sur les cours ?
Les avis sont mitigés. Si la demande reste aussi soutenue qu’actuellement, 200 tonnes d’or par an seront facilement absorbées par le marché. Néanmoins, d’autres pensent que les cours pourraient en souffrir.

Pour ma part, si le mouvement de l’or sera sans doute baissier à court terme, je reste positive sur les perspectives de l’or à long terme. Il sera en sortie de crise soutenu par l’inflation et l’inévitable dépréciation du dollar.

Qu’en pensent nos experts ?
"L’or et l’argent poursuivent leur mouvement correctif", nous dit Nicolas Rémy dans Signal Matières & Devises. "Je reste convaincu que la tendance sur ces deux métaux reste à la baisse à court terme et qu’un test des 835 $ pour l’or est de plus en plus probable."

"Les cours montrent de plus en plus de signes de faiblesse et cette semaine sera manifestement décisive. La marge vers le bas est désormais très réduite dans l’hypothèse du maintien d’un scénario haussier… Aussi, il nous semble judicieux de changer notre fusil d’épaule et, tant que le palier des 950 $ n’est pas nettement dépassé, de jouer le retournement baissier", nous dit Marc Dagher dans L’Investisseur Or & Matières.

L’once d’argent a suivi l’or à la baisse, en intensifiant le mouvement comme à son habitude.

Les platinoïdes restent décorrélés de l’or comme déjà nous l’avons vu la semaine dernière.

Le platine revient à un point haut depuis septembre, à 1 165 $ dollars l’once, loin de son point bas de 750 $ (en octobre).

Le platine est fortement corrélé à l’activité de l’industrie automobile, son principal débouché. Or on pouvait percevoir une légère embellie pour ce secteur la semaine dernière. Autre facteur de soutien au cours du platine : la production de l’Afrique du Sud — qui produit 80% du platine mondial — est mise à mal.

Le palladium a suivi le platine.

Cours à
3 mois
Vendredi
27/03/2009
Vendredi
03/04/2009
Variation / semaine
 Aluminium* 1 420 1 481 4,30%
 Cuivre* 4 050 4 301 6,20%
 Plomb* 1 280 1 315 2,73%
 Nickel* 9 700 10 930 12,68%
 Etain 10 200 11 085 8,68%
 Zinc* 1 350 1 370 1,48%
 Acier (Méditerranéen) 325 308 -5,23%
 Or (spot) 922,30 894,40 -3,03%
 Argent (spot) 13,30 12,75 -4,14%
 Platine (spot) 1 136,00 1 159,50 2,07%

* cours en $ sur le LME à trois mois

3. Métaux de base : le G20 donne des ailes au cuivre, au nickel et à l’aluminium
Le G20 a fait des heureux : les métaux industriels. Les investisseurs voient à nouveau la vie en rose pour quelques temps. Les perspectives économiques s’éclaircissent soudainement. Alors forcément, les marchés actions en profitent, et les marchés des métaux suivent.

A cela s’ajoute les promesses de ventes (immobilières) aux Etats-Unis, ressorties bien meilleures que prévues. Or vous savez à quel point le cuivre est corrélé à la construction et au bâtiment, son principal débouché. Cette nouvelle a donc soutenu les cours du métal rouge, métal phare du complexe. Il a ensuite donné le ton, et tiré avec lui tout le secteur à la hausse.

Le cuivre, déjà soutenu par les achats chinois au premier trimestre 2009, a ainsi bondi de 50% depuis décembre, 20% en un mois, 6% sur la semaine. Revenant de 2 818 $ en décembre à 4 300 $ aujourd’hui.

Comme je vous le disais récemment, impossible de savoir si les achats chinois sont liés à une demande liée à la reprise économique, ou s’il s’agit d’une simple reconstitution de stocks stratégiques. Voilà pourquoi je vous recommande la prudence sur le cuivre. Si vous en détenez, c’est le moment de prendre vos bénéfices.

"La tendance haussière pourrait désormais marquer le pas", nous dit Nicolas Rémy. "Graphiquement, la formation d’une figure de retournement classique en double sommet invite à la prudence… Les indicateurs techniques manquent de dynamique haussière."

L’aluminium a suivi le mouvement haussier, porté par une baisse des stocks hebdomadaires sur le LME. La production continue de diminuer pour s’aligner sur la demande qui s’est très fortement repliée. Si vous analysez la courbe des coûts (cost curve), vous vous rendrez compte que plus de la moitié des producteurs sont en deçà de leur point mort aujourd’hui. Ce qui n’est pas de bon augure.

Le nickel, qui avait pris du retard dans son rebond, revient cette semaine en force. Le métal reste soumis à une volatilité impressionnante.

4. Soft commodities : coup de théâtre sur les céréales
Nouvelle semaine de hausse pour les céréales — la quatrième d’affilée.

Cette semaine était très attendue par les intervenants, le rapport annuel du département à l’Agriculture (USDA) étant enfin publié. L’information que l’on attendait le plus était incontestablement la répartition pour la saison des surfaces allouées par les agriculteurs américains aux différents types de céréales/oléagineux.

Premier enseignement, les surfaces consacrées à la culture du blé ont reculé de 7%. Inutile de vous dire que les cours du blé sont remontés cette semaine sur le CBOT.

Les surfaces consacrées à la culture du maïs ont reculé de 1%. Statu quo donc.

En revanche, et alors que tout le monde s’attendait à une hausse de la part des terres allouées au soja, il n’en a rien été. La part du soja est restée stable.

Ce qui veut dire que globalement, et à la grande surprise des intervenants, moins de terres sont consacrées par les agriculteurs à la culture. Ils ont décidé de mettre une partie de leurs terres en jachère, tant les cours ont chuté en fin d’année dernière et qu’il est difficile de rentabiliser les cultures.

En conséquence, on peut s’attendre à un resserrement de l’offre à la fin de la saison, voir à une diminution des stocks. Voilà qui change les fondamentaux et remet les choses en perspective.

Le blé terminait la semaine à 5,50 $ le boisseau sur le CBOT échéance mai, le maïs 4 $ et le soja 9,80 $.

Sucre et cacao ont suivi la tendance des marchés
Concernant le cacao, il revient au-dessus des 1 900 livres sterling la tonne sur le LIFFE. De nombreux analystes revoient la production à la baisse et anticipent maintenant un marché déficitaire dès cette année. Déficit qui perdurerait l’an prochain, voire s’accentuerait.

Concernant le sucre, l’Organisation internationale du sucre prévoit pour cette année un marché en déficit, après des années d’excédents. Notamment du fait de la baisse de production en Inde — habituellement auto-suffisante — et qui se voit obligée de ponctionner les marchés internationaux pour satisfaire ses besoins nationaux.

Voilà pourquoi le sucre pourrait faire parti des matières premières qui vont tirer cette année leur épingle du jeu. Reste à savoir comment se comportera la demande occidentale. Pliera-t-elle sous l’effet de la crise ? L’inconnue est là.

Le sucre terminait la semaine autour de 12,50 cents la livre sur le NYBOT.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.