Les taux longs remontent !
Si dans un premier temps cet élément est favorable aux marchés actions (l’argent se reporte sur d’autres classes d’actifs présentant un rapport rendement/risque plus attrayant), ce mouvement va à l’encontre de ce que souhaite M. Bernanke avec son QE2. Je m’explique :
En théorie, l’achat de bons du Trésor par la Fed doit contribuer à accroître leur valeur (donc à réduire leur rendement) ; les nouveaux bons émis devant présenter le même taux que les anciens bons pour susciter l’intérêt du public. La perspective de taux longs faibles à l’avenir est donc sensée accroître la demande "immédiate" de papier.
La réalité est toute autre
Or, si le marché obligataire (TNote US) avait initialement bien réagi aux rumeurs de nouvelle intervention de la Fed à partir de début septembre (les contrats ont progressé entre septembre et novembre dernier), force est de constater que depuis l’annonce officielle du plan de 600 milliards de dollars, les tensions sur les rendements sont de nouveaux palpables.
En d’autres termes : les taux longs repartent à la hausse.
Pire : même quand Ben Bernanke évoque sur la chaîne CBS le 5 décembre la "forte probabilité d’un QE 3", le rebond sur les contrats tourne court.
En cause : Barack Obama
Moins de 48 heures après, le président américain annonce en effet un compromis fiscal qui vise à prolonger les baisses d’impôts mises en place par l’administration Bush pour soutenir la consommation et donc la croissance.
Conséquence : les anticipations inflationnistes et de croissance reprennent de plus bel, ce qui fait monter les taux longs.
Il n’en fallait pas moins pour raviver la pression haussière sur les rendements des taux longs (le TNote à 10 ans est ainsi repassé au-dessus du seuil psychologique des 3% en atteignant 3,29%.
Qu’est-ce que cela signifie pour vos placements ?
L’argent sorti des contrats pourrait se reporte dans un premier temps sur les indices actions. Mais c’est à plus long terme, avec des craintes inflationnistes, que le bât blesse.
Comme vous le constatez avec la comparaison faites sur les deux graphiques suivants :
▪ Les taux longs baissent au début de chaque crise (janvier 2000/juillet 2007). Les investisseurs se reportent sur l’obligataire pour son côté sécuritaire, ce qui pousse mécaniquement à la baisse les rendements (les taux évoluant en sens inverse des prix).
A titre d’exemple de ce rôle de "valeur refuge", en pleine panique après la faillite de Lehman Brothers, le rendement des TNote était tombé à 2,03% en décembre 2008.
▪ A l’inverse, les taux longs remontent en sortie de crise (comme par exemple en juin 2003 ou encore en février 2009).
Cliquez sur l’image pour l’agrandir.
Cliquez sur l’image pour l’agrandir.
Mon avis ?
Alors que certains courtiers s’attendent à une poursuite de l’envolée des rendements (le plus agressif étant Jefferies qui voit le rendement du TNote à 10 ans atteindre les 5% l’année prochaine), je pense personnellement que les tensions en Europe sur les dettes souveraines pourraient venir freiner ce mouvement, notamment vis-à-vis des Bunds allemands.
La remontée des taux allemands pourrait faire sauter l’euro
Car, et c’est à mon sens un autre risque pour 2011 : si les taux longs allemands (qui présentent une corrélation historique forte avec les TNote US) venaient à progresser trop fortement, il y a fort à parier que la situation sur les pays périphériques d’Europe devienne insoutenable.
Dit autrement : si la rémunération de la signature allemande — la plus sûre d’Europe — venait à dépasser les 4% par exemple, il y a fort à parier que les rendements demandés pour détenir de la dette espagnole ou italienne ne soient plus uniquement de 5% comme c’est le cas en ce moment, mais bien plus. Imaginez l’impact sur leurs finances publics… et sur l’euro.
Les pays endettés de la zone euro verraient ainsi leurs taux longs croître pour des raisons intrinsèques (situation d’endettement lourd des finances publiques) et pour des raisons d’anticipations inflationnistes internationales.
Quel serait l’impact potentiel pour votre portefeuille ?
Les Français ont 1 300 milliards d’euros en assurance vie.
96% sont placés en obligations.
Et sur ces 96%, 80% sont de la dette souveraine.
Une remontée des taux signifierait une baisse de la valeur des obligations souveraines détenues en portefeuille.
Attention à l’impact négatif potentiel sur la valeur de vos actifs.
En résumé, si une hausse des taux longs indique historiquement que l’économie réelle va mieux, on est malgré tout ensuite en droit de s’interroger sur le l’impact que ces pressions inflationnistes pourraient avoir à terme…
Première parution dans Le Billet du Trader le 15/12/2010.

