L’or sous les 25 000 € !

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Par Yannick Colleu

Pourquoi devrait-on parler particulièrement de la "barre" des 1 000 $ l’once d’or
L’information financière comme tout autre produit de consommation doit être rendue attractive pour être vendable. Présenter l’information selon les normes du marketing anglo-saxon apporterait, aux yeux de certains, une certaine crédibilité à l’événement.

Mais en fait, pourquoi devrait-on parler particulièrement de la "barre" des 1 000 $ l’once d’or, par exemple, alors que nous autres Européens achetons en euros, que les Japonais, les Indiens ou les Chinois suivent le prix de l’or en yens, en roupies ou en yuans au gramme. Les nombres magiques des uns ne le sont absolument pas pour les autres !

A tout regarder avec les lunettes de l’Amérique, c’est ainsi que l’on passe à côté de l’événement
L’événement ce n’est pas que l’or retrouve son niveau de 1 000 $ l’once qu’il avait visité en mars 2008. Mais le vrai événement, pour nous autres Européens, est que l’or, après un plus haut historique en octobre dernier, réalise record après record et vient d’atteindre un premier objectif.

Ce premier objectif correspond à la distance verticale entre le plus bas de 1999 et le plus haut historique de 1983, soit une différence d’environ 270 € par once ou 8 700 € par kilogramme reportée au-dessus de la résistance que constituait le plus haut historique de 1983 (510 €/oz ou 16 400 €/kg).

L’objectif ainsi obtenu se situe autour de 780 € par once soit 25 000 € par kilogramme d’or.

La résistance des 16 400 € a été franchie
Le comportement des cours à proximité de cette résistance à 16 400 € (le lingot à 100 000 Frs à l’époque) se lit à livre ouvert. La première attaque de ce niveau a été repoussée en mai 2006. Après plusieurs tentatives la muraille est enfin tombée en novembre 2007. Puis, après une poussée haussière jusqu’en mars 2008, les cours sont revenus s’appuyer sur ce niveau devenu dès lors un support majeur et vital à préserver pour la suite.

Aujourd’hui le prix de l’or en euros est sous 25 000 €. Une pause est salutaire
Ce niveau a été rejoint après une poussée quasi verticale réalisée en moins de cinq mois. Pour la bonne santé de la hausse, il serait raisonnable que les cours consolident ici quelques mois avant de reprendre leur marche en avant.

Mais ce que nous vivons actuellement aux plans économique et financier est-il raisonnable ?
Le transfert des dettes incommensurables des établissements financiers et des ménages vers les états, et donc vers les contribuables finalement, pousse l’endettement de ces mêmes états vers des sommets jamais atteints sinon en période de conflit.

La dette française, selon les critères de Maastricht, paraitrait bien raisonnable à 67% du PIB si on ignorait les engagements futurs — mais proches - sur les retraites et le système de santé.

Les Américains sont plombés par une dette de 17 000 milliards de dollars
Selon ces mêmes critères l’endettement américain représente aujourd’hui 120% de son PIB, sans tenir compte, ici aussi, des engagements futurs sur le financement des systèmes de retraite et de santé encore plus proches et carrément monstrueux.

Ce chiffre surprend souvent mes lecteurs. En effet, beaucoup s’en tiennent à la seule dette fédérale négociable sur les marchés, à peine 6 530 milliards, une misère, mais quid de la dette des états, des comtés, des municipalités, des entreprises désormais nationalisées, etc. au total environ 17 000 milliards de dollars selon le périmètre de Maastricht.

Alors que déjà plusieurs monnaies vacillent (Islande, pays de l’est européen, Corée du Sud, Grande-Bretagne, etc.) et que le FMI est d’ores et déjà à cours de liquidités pour éteindre tous ces incendies, combien de temps encore l’endettement des Etats-Unis pourra-t-il passer pour un fait divers ?

L’orgie de papier fiduciaire est la seule raison qui aujourd’hui fait monter les cours de l’or
Ou plutôt faudrait-il dire que ce sont les monnaies fiduciaires qui se déprécient par rapport à l’or. Que pèse l’expérience récente du tout fiduciaire, à peine 38 ans, face à des siècles pendant lesquels la création monétaire était régulée par un actif tangible et non pas laissée à la bienveillance et à la démagogie du pouvoir politique.

Celui qui a maintenu une parfaite stabilité des prix au détail au Royaume-Uni de 1750 à 1914 ? Ou celui qui a multiplié les prix par 82 depuis 1914 ? (Source : Retail Price Index de l’Office of National Statistics).

Trésor américain peut retrouver une certaine crédibilité en réévaluant officiellement son stock d’or
Je vous propose le raisonnement suivant. En 1971, alors que les accords de Bretton-Woods étaient déjà moribonds, les états européens effrayés par la tournure des événements monétaires et la santé du dollar en particulier, ont cherché à exercer la clause de convertibilité pour rapatrier, en échanges de billets verts, de l’or américain.

A cette époque, le tocsin a sonné lorsque le taux de couverture, par les réserves d’or américaines, des réserves officielles de dollars détenues par les banques centrales est tombé à 21% — en 1957 ce taux était de 138%.

Aujourd’hui, ce taux de couverture, calculé à partir des chiffres du FMI (Currency composition of Official Foreign Exchange Reserves) et du prix officiel de l’or des Etats-Unis (42,22219 $/oz), est de 0,40%. Même avec un stock valorisé à 1 000 $, l’once la couverture atteint difficilement 10%. Donc, le Trésor américain a une façon très simple de retrouver une certaine crédibilité en réévaluant officiellement son stock.

Comment en déduire un objectif en euro ?
Faites le calcul avec les éléments suivants : un stock réévalué autour de 2 000 $ l’once et un euro à deux dollars. L’once d’or serait alors à 1 000 €, soit le kilo à 32 150 €.

Si le pair euro/dollar est à 1, l’objectif est doublé, soit 64 300 € le kilo.

A cet instant vous vous grattez la tête en vous disant "ce n’est pas possible".

Alors examinez le graphique ci-dessous
. Il représente l’évolution des prix, ramenés en euros, du lingot d’or à Paris depuis 1914. Il est présenté volontairement en échelle semi-logarithmique pour faire apparaître la croissance moyenne annuelle depuis 1918, sous la forme d’une droite ou d’une régression exponentielle.

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