L’emploi US sauve les matières de la déroute

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Cette semaine nous apprend une chose : il est trop tôt pour anticiper un redémarrage de l’activité économique. La semaine s’est pourtant achevée sur une (très) bonne nouvelle, avec l’annonce de la création de 165 000 emplois en avril, soit plus que les 140 000 attendus. Ce chiffre est d’autant plus appréciable que la population active a elle aussi augmenté.

De ce fait, le taux de chômage US est tombé à 7,5%, un plus bas depuis décembre 2008. Les commentaires particulièrement optimistes se sont alors multipliés.
“Ces chiffres traduisent le fait que l’économie américaine n’est pas en aussi mauvaise passe qu’on le pensait en ce début de deuxième trimestre” analyse Bart Melek de TD Securities. Pourtant cette annonce a eu surtout comme effet de faire regagner le terrain perdu sur le reste de la semaine par les matières, car la semaine était mal engagée.

La productivité du secteur non agricole aux US publiée en début de semaine est ressortie nettement en baisse par rapport aux attentes. Les marchés s’attendaient à +1,2%, alors que le résultat fut de +0,7%.
De même, l’indice PMI dans la zone euro, mesurant l’activité manufacturière de la zone, est ressorti en baisse, à 46.7, synonyme de contraction de l’activité.
Même l’activité en Allemagne est ressortie en contraction, à 48.7. Ce défilé de mauvais chiffres avait contribué à peser sur les matières. Le Brent stagnait sous les 100$ le baril le premier mai.

Les mesures prises le jour suivant par Mario Draghi, le président de la banque centrale européenne, apparaissaient ainsi comme profondément justifiées. La BCE a abaissé son taux directeur à 0,5%.
D’ordinaire, cette mesure fait l’effet d’une bombe sur les marchés des matières, notamment le pétrole et de l’or. Or jeudi, point d’explosion.

Les cours des métaux sont restés quasi insensibles à l’effet Draghi. Seul le cuivre a réussi à regagner le terrain perdu sur la semaine, en repassant au-dessus des 7000$ la tonne. Le pétrole a à son tour gagné 3$, mais l’or n’a pratiquement pas profité de l’annonce.
Les marchés avaient largement anticipé cette baisse de taux, ce qui explique le manque de rebond des matières.

Il faudra ainsi attendre la publication des bons chiffres du chômage aux US pour réellement pousser le secteur à la hausse.
Le baril à Londres comme à New York progressait de plusieurs dollars, pendant que certains métaux effaçaient les pertes de la semaine.

Le chemin sera encore long pour savoir si les Etats-Unis sont réellement sur la voie de la reprise. La semaine que nous venons de passer pourrait avoir été la première marche.

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Métaux industriels : “vendre en mai et s’enfuir”

Edward Meir, analyste du courtier INTL FCStone, a rappelé très à propos l’adage des marchés. Effectivement, les métaux sont la principale et unique victime de cette semaine, tant les autres matières ont résisté aux mauvais indicateurs du début de semaine.
“Il semble que les métaux industriels ne sont disposés à réagir qu’aux mauvaises nouvelles” remarque un analyste matières premières de la Commerzbank.

Seul le cuivre a étonnement bien résisté. Pour les experts de Commerzbank, outre la BCE et les indicateurs américains de fin de semaine, le cours “a profité de craintes sur un rétrécissement de l’offre”.
En effet, les stocks du LME ont brutalement chuté, témoignant d’un possible tournant sur le marché. La tendance reste toutefois à confirmer.

Les autres métaux industriels sont tous partis à la baisse. En retrait de 2,44%, et de près de 9% sur le mois, le nickel se rapproche désormais de ses plus bas depuis 3 ans et demi. Il semble que “la chasse aux bonnes affaires” que je vous décrivais lundi dernier soit déjà finie.
Le marché reste encore baissier fondamentalement. Pourtant, à ces niveaux, un bon indicateur en provenance de Chine suffirait à inverser la tendance tant les titres apparaissent sous-valorisés.

Rebond du pétrole

La publication du rapport mensuel officiel sur l’emploi en avril “a déclenché une brusque poussée des marchés des actions et éveillé plus généralement l’appétit pour les actifs jugés risqués” comme les matières premières, a remarqué Tim Evans, de Citi. C’est ce qui explique que le baril de “light sweet crude” (WTI) a gagné 1,62 dollar pour atteindre les 95,61 dollars.
Même le Brent a profité de la publication, en passant le seuil des 104$. C’était une première depuis un mois.

Le mouvement a été d’autant plus impressionnant qu’il semblait ne pas tenir compte des mauvais indicateurs précédent.
Le baril étant passé au-dessus des 95$, il semble bien que “les investisseurs font peu de cas du nouveau gonflement des stocks de brut” aux Etats-Unis, qui ont atteint la semaine dernière leur plus haut niveau depuis 1982, note Nicholas Dale-Lace, analyste de CMC Markets.

Or, le “coup de pouce” de la BCE

L’once a été aidée jusqu’à vendredi par les annonces de la FED et de la BCE. “Le prix de l’or a tout de même reçu un coup de pouce avec le léger changement de ton de la Réserve fédérale américaine (Fed) et l’attitude très accommodante de Banque centrale européenne (BCE)”, a noté Michael Hewson, analyste du courtier CMC Markets.

Malheureusement l’once a à nouveau trébuché en fin de semaine avec le regain d’optimisme sur les marchés outre-Atlantique.
“Malgré les assurances de la FED, l’or est miné par le fait que les opérateurs continuent d’anticiper malgré tout un resserrement de sa politique monétaire” plus tard dans l’année, a analysé Jonathan Butler, stratégiste marchés de Mitsubishi Corporation cité par Romandie.

Sur l’ensemble des pertes enregistrées depuis 1 mois, l’or a effectivement à peine regagné la moitié de ses pertes. Pourtant les flux sont en train de se croiser sur le marché.
Alors que les spéculateurs fuient les marchés, les investisseurs y reviennent. La demande d’or physique (bijoux, lingots et médailles) en Asie et aux Etats-Unis.
Les achats à Hong Kong ont notamment explosé lors des trois jours fériés en Chine. Insuffisant pour faire remonter l’or à ses niveaux antérieurs, cette demande sert pour l’instant de filet de sécurité.

Entrée dans le “weather market” du marché agricole

Comme le décrivent les analystes matières agricoles aux Etats-Unis, le marché est entré en mai dans le “weather market”, le “marché météo”. Désormais, du début des semis en avril jusqu’à la récolte d’automne, toutes les informations météorologiques sont déterminantes. Nous entrons dans une période de grande incertitude.

C’est ce début d’incertitude qui explique la hausse, quoique modeste, des prix agricoles cette semaine.

D’abord, le temps froid qui persiste, notamment sur l’Iowa, commence à sérieusement inquiéter les agriculteurs.
L’Etat de l’Iowa, grand producteur agricole, compte encore 30 centimètres de neige selon RFI. Les semis de blé et de maïs sont ainsi en retard.
Seulement 5% du maïs a été semé, du jamais vu depuis 30 ans ! Résultat lundi, les cours du maïs ont atteint leur maximum de hausse. Ils affichent sur la semaine une hausse de plus de 2%.

Sur le blé, c’est à l’inverse le temps chaud de la Mer Noire qui exacerbe les tensions. Les températures sont déjà au-dessus des normales saisonnières en Ukraine et sont attendues en hausse en Russie. Les marchés agricoles pourraient avoir atteint leur plus bas en début de mois.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
26 avril
2013

Vendredi
03 mai

2013

Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 922 1 861 -3,17%
Cuivre* 7 099 7 150 0,72%
Plomb* 2 055 1 980 -3,65%
Nickel* 15 340 14 965 -2,44%
Etain 20 800 19 950 -4,09%
Zinc* 1 918 1 855 -3,28%
Acier* 140 150 7,14%
Pétrole light
(New York 1 mois)
92,97 96,09 3,36%
Or (spot Comex) 1 474 1 472,7 -0,09%
Argent spot Comex) 24,31 24,16 -0,62%
Platine (spot Comex) 1 483 1 495 0,81%
Palladium (spot Comex) 677 690 1,92%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
7,012 7,124 1,60%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot
6,33 6,486 2,46%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
13,86 13,93 0,51%

*cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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