C’est le type de contrat qu’on fête en ouvrant la bouteille de Saint-Estèphe ou de Meursault qu’on gardait précieusement pour des grandes occasions. 1 milliard d’euros, c’est le montant du contrat signé par Alstom avec le gestionnaire de réseau allemand Tennet pour le raccordement d’un parc d’éolienne offshore.
L’importance du contrat appelé DolWin3, tient en deux points. D’une part, il s’agit d’un parc éolien immense, de 200 éoliennes en mer Baltique, représentant une puissance de 900 MW. Surtout, l’éloignement des côtes de ce projet, à 80 kilomètres, oblige Alstom à utiliser des technologies coûteuses.
Il n’est fallait pas plus pour brandir les bienfaits des énergies renouvelables. Elles nous apportent des contrats et des emplois, et l’excellence de l’ingénierie française est reconnue. Si ce contrat est une preuve, il faut garder à l’esprit que le marché de l’éolien offshore est encore immature. De nombreuses zones d’incertitude doivent être levées pour le rendre viable industriellement.
S’il est encore trop tôt pour déclarer qu’Alstom est maître du vent, le groupe français a pris un bon départ. Voici quelques éléments d’explications.
“Tout vient à point”
Avant de revenir sur les perspectives du marché de l’éolien, il faut souligner qu’Alstom a extrêmement bien joué la partie. Les 7 premiers appels d’offres en Allemagne des projets de raccordement au réseau terrestre de ces fermes éoliennes avaient été gagnés par les concurrents d’Alstom. Or ce ne furent pas particulièrement des réussites.
Siemens et ABB ont accumulé les problèmes. Comme le rappelle l’Usine Nouvelle, ils ont multiplié les retards et fait flamber les coûts. Siemens a même dû provisionner une charge de 278 millions d’euros en plus pour achever son projet.
L’arrivée d’Alstom s’est fait dans un contexte plus confortable, où les sommes prévues ont été augmentées, et les délais accordés rallongés. Le délai de mise en service est supérieur de 20 à 40% comparé aux programmes précédents. Alstom partait donc en bien meilleure position que ses concurrents qui avaient essuyé les plâtres.
Une stratégie gagnante dans l’éolien…
Cette victoire valide également une stratégie clairement axé sur l’éolien. Alstom a commencé dans l’éolien terrestre. Le coût d’une éolienne terrestre réside à 80% dans le coût de sa turbine. Alstom, leader de la construction de turbines avec Siemens, avait donc dès le départ un avantage sur ce marché.
Aujourd’hui, c’est au tour du marché de l’éolien offshore de décoller. En novembre dernier, le lobby européen des énergies éoliennes Global Wind Energy Council estimait que les capacités d’électricité éolienne se monteront à 586,729 MW en 2020, contre 237 699 MW en 2011.
Il faut noter toutefois que la croissance du secteur sera moins rapide que les années précédentes. Alors que le marché européen, faute de financement, américain, faute de politique de subvention, et chinois, faute de surproduction, devraient ralentir, l’éolien offshore sera tiré par les autres pays émergents. Pour le Global Wind Energy Council, ce seront le Brésil, l’Inde, le Canada et le Mexique qui prendront le relais.
… chez les pays émergents…
La plupart des réussites d’Alstom dans ce secteur ont effectivement été réalisées sur des marchés émergents. L’essentiel de ses commandes du premier trimestre 2012 dans l’énergie a été signé dans les pays émergents comme la Thaïlande, le Vietnam ou encore le Brésil.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le dernier grand contrat d’Alstom dans l’éolien a été conclu au Brésil. En début de mois, le groupe a remporté un contrat de plus d’un milliard d’euros avec le producteur d’électricité renouvelable brésilien Renova, pour la fourniture de 440 éoliennes.
De son côté, le concurrent direct d’Alstom sur l’éolien terrestre, Vestas, est toujours en grande difficulté. D’ailleurs, début 2012, on avait même prêté au Français des velléités de rachat de son concurrent.
… et dans le renouvelable globalement
Ce succès s’inscrit dans un investissement à plus grande échelle dans les énergies renouvelables. Mi-2011, le constructeur à l’origine de train et de turbines thermiques a créé un pôle dédié aux énergies renouvelables, Alstom Renewable Power. En décembre dernier, Jérôme Pécresse, le responsable de ce pôle déclarait qu’Alstom était désormais : “actif sur toutes les énergies renouvelables existantes, à l’exception du photovoltaïque“.
La dernière énergie développée en date était l’hydrolien. Pour capter l’énergie des courants sous-marins, les grands énergéticiens ont besoin de grandes turbines à placer au fond des océans. Là encore, Alstom a une carte à jouer. Le Français a ainsi récemment racheté Tidal Generation Limited à Rolls-Royce, après qu’EDF se soit associé à DCNS et GDF à Voit Hydro pour répondre aux appels d’offres de l’Etat français.
Pourtant, c’est bien l’essor des activités éoliennes offshores qui représentent une opportunité pour Alstom. Voici pourquoi.
La revanche d’Edison profitera à Alstom
Une des particularités du contrat qu’a remporté Alstom en Allemagne consiste à devoir acheminer le courant produit par les éoliennes à l’aide de courant continu haute tension (HVDC, pour high-voltage direct current). Le retour de cette technologie constitue, comme le précisait l’Usine Nouvelle, une “revanche” pour l’inventeur Edison, qui avait affronté Tesla à la fin du 19e siècle pour prouver la dangerosité du courant alternatif. Edison avait finalement dû rendre les armes.
Aujourd’hui, cette technologie revient sur le devant de la scène car elle seule permet de minimiser les pertes lors du transport sur longue distance de l’électricité. Dans le cas du projet DolWin3, la distance parcourue est de 162 kilomètres. Le développement de l’éolien offshore de plus en plus loin des côtes, ainsi que son utilisation de plus en plus fréquente dans les connexions entre pays, vont considérablement augmenter la demande. Pour M. Poux-Guillaume, patron d’Alstom Grid : “ce marché (des lignes à courant continu) pourrait représenter jusqu’en 2020, à l’échelle mondiale, à peu près 50 milliards d’euros (en cumulé)”.
La maîtrise de cette technologie est la vraie valeur ajoutée d’Alstom, et sera un de ses relais de croissance dans les années à venir.
Mon conseil
Comme vous vous en doutez, les activités d’Alstom ne sont pas concentrées dans l’énergie éolienne, ni même dans les énergies renouvelables. Le secteur du renouvelable ne comptait que pour 10% de son chiffre d’affaires sur la dernière année fiscale du groupe. Investir sur Alstom (ALO:Nyse) permet d’avoir une exposition très relative à l’essor de l’éolien.
Pour profiter de ce marché, il est donc préférable de se tourner vers des petits sous-traitants, ou des sociétés spécialisées. Theolia (TEO:Nyse), le producteur d’électricité à partir d’éoliennes, peut être un bon pari sur l’avenir. Le groupe est actuellement en pleine restructuration.
[NDLR : Une méga-tendance est sur le point de prendre le monde entier par surprise !
Il s'agit d'un phénomène bien connu des spécialistes - mais que la plupart des gens ignorent - qui pourrait pousser le prix des matières premières à des niveaux jamais vus !
Cette tendance est décrite par Florent Detroy dans ce message spécial – en agissant dès aujourd'hui vous pourriez en profiter pour acquérir des valeurs à fort potentiel de gain.]
Bon investissement.



Laissez un commentaire