Dans les années 1960, ce que l’on a appelé la révolution verte a permis, du moins en partie, de répondre à l’un des principaux problèmes que posait l’accroissement accéléré de la population mondiale : nourrir tout le monde. Entre 1910 et aujourd’hui, la population mondiale est passée d’un peu plus 1,7 milliard d’habitants à plus de 7 milliards – un mouvement qui s’est accentué dans la seconde moitié du XXe siècle.
Aujourd’hui encore, les organisations internationales, FAO en tête, ne cessent de répéter que, chaque jour, c’est 300 000 bouches supplémentaires qu’il faut nourrir.
A partir des années 1950-1960, la question de l’augmentation des rendements agricoles était donc devenue une priorité absolue. Et la révolution verte a permis d’y apporter une réponse.
Cette révolution repose sur un indispensable accroissement des rendements grâce aux choix des semences, à l’utilisation généralisée d’intrants (engrais et pesticides), à l’irrigation et à certaines formes de mécanisation.
Les résultats sont notables. En France, le rendement moyen d’un hectare de blé est passé de 20 quintaux dans les années 1950 à plus de 70 aujourd’hui. Selon les données de la FAO, l’accroissement des rendements est responsable à lui seul de 78% de l’augmentation de la production agricole entre 1961 et 1999.
La terre pourra-t-elle nourrir la population mondiale en 2050 ?
Nous sommes aujourd’hui face à un nouveau défi. La population mondiale devrait dépasser les 9 milliards d’individus d’ici à 2050, soit un accroissement de presque 30%. Les céréales sont donc un enjeu-clé de la question de l’alimentation puisque, outre leur consommation, une part de plus en plus importante est consacrée à l’élevage – la consommation de viande est, vous le savez, en hausse constante, notamment dans les pays émergents. A cela il faut ajouter la demande venue de l’industrie des biocarburants.
Dans les 4 prochaines décennies, il va donc falloir produire de plus de en plus de céréales et d’oléagineux. D’après les calculs de la FAO, l’agriculture, si elle veut suivre le rythme d’accroissement de la population mondiale, doit voir sa production annuelle de céréales passer d’un peu plus de 2 milliards de tonnes aujourd’hui à 3 milliards.
Comment augmenter cette production ? D’après les études de la FAO, cet accroissement de la production passera par l’extension des terres cultivées mais surtout par l’accroissement des rendements. Elle devrait ainsi permettre d’assurer 70% des besoins supplémentaires en matière agricole dans les pays développés, et 80% dans les pays émergents.
L’Europe, nouveau grenier à blé du monde ?
Face à l’augmentation de leur niveau de vie et à l’évolution de leurs habitudes alimentaires, nombre de pays émergents voient leur agriculture dépassée par la demande. Même des pays à la tradition agricole bien ancrée sont contraints de se tourner vers les importations. Les importations nettes de céréales des pays émergents sont passées de 39 millions de tonnes par an au milieu des années 1970 à 103 millions en 1999. D’après la FAO, en 2030, les pays émergents devraient importer chaque année 265 millions de tonnes de céréales, soit 14% de leur consommation.
Aux pays traditionnellement exportateurs, comme les Etats- Unis, le Canada, la Russie ou l’Australie, s’est ajoutée à la fin du siècle passé l’Union européenne. L’Europe est ainsi passée d’importatrice nette au milieu des années 1970 à exportatrice nette à la toute fin des années 1990 pour s’imposer comme le deuxième exportateur mondial de blé avec près de 9% des volumes échangés en 2010, loin derrière les Etats-Unis qui pèsent encore pour 30% des exportations mondiales.
Et parmi l’Union européenne, la France est le premier pays agricole. S’arrogeant 23% de la production agricole européenne elle s’impose comme le premier producteur de blé, de maïs (plus de 60% de la production européenne) et de céréales en général. L’Hexagone est aussi le premier exportateur de céréales de l’UE.
Aujourd’hui, la production de céréales est en hausse constante. A 690 millions de tonnes, elle devrait progresser de +4,3% par rapport à 2012. Et l’Europe contribue à elle seule à 50% de cette hausse grâce à une augmentation des surfaces cultivées et une reprise des rendements après des années plutôt médiocres. Cette année, la récolte de céréales en Europe s’annonce donc record.
Seulement voilà, l’agriculture européenne se heurte à plusieurs contraintes en partie contradictoires : maintenir et même augmenter les rendements pour faire face à la hausse de la demande mondiale tout en tenant compte des préoccupations écologiques.
A la recherche du rendement (agricole)
Comme le souligne une étude du ministère de l’Agriculture, les rendements français stagnent depuis une dizaine d’années. Car malgré les progrès accomplis au cours des précédentes décennies, la marge de progression reste importante, même dans les pays pratiquant couramment l’agriculture intensive.
Ainsi, selon la FAO, le rendement moyen des cultures de blé en France pourrait atteindre 8,7 tonnes/ha, et même 11,6 tonnes/ha sur les meilleures terres, contre un rendement moyen de 7,2 tonnes/ha actuellement.
Les engrais, la clé du rendement
Selon les projections de la FAO, pour faire face à l’augmentation de la demande, il faudrait que les rendements des terres agricoles augmentent de 1,2% par an d’ici à 30 ans.
Une augmentation qui devrait passer par une augmentation des terres cultivées, une nouvelle “révolution verte” biotechnologies), par l’agriculture raisonnée et la mécanisation mais aussi par l’utilisation des engrais et autres intrants.
Au cours des 30 dernières années, la quantité d’engrais utilisée a plus que doublé. Chaque année, c’est plus de 160 millions de tonnes d’engrais qui sont utilisées à travers le monde. En France, c’est environ 150 kg par an et par hectare d’engrais qui sont utilisés. Au cours des 30 prochaines années, la demande devrait augmenter au rythme de 1,1% par an.
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Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 02/04/2013.



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