Les nouvelles bases des matières premières

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Les investisseurs n’en démordent pas, l’année 2013 sera positive ou ne sera pas.

Jour après jour, les analystes financiers confirment leur optimisme pour la croissance 2013. Toutefois la semaine dernière, le FMI est enfin venu nuancer ce constat. Le mot qui pourrait définir au mieux la publication de son World Economic Outlook cette semaine serait “révision”. Et révision… à la baisse. Le FMI a revu de 0,1% ses prévisions de croissance pour 2013 dans le monde par rapport à ses estimations d’octobre 2012.

C’est le monde développé qui souffre le plus de cette rétrogradation, avec une correction de 0,2%, alors que les pays émergents ne reculent que de 0,1%. Parmi les pays développés, ce sont les Etats-Unis qui s’en sortent le mieux, grâce “au redressement de son marché immobilier”.

Si les Etats-Unis restent un marché important pour les matières premières, comme l’expliquait cet article du Financial Times cette semaine, nous savons que l’avenir des matières se joue en dans les pays émergents au premier rang desquels la Chine. Or le FMI n’a pas revu ses objectifs de croissance pour la Chine, qui reste à 8,2%. Les autres pays des BRIC ont davantage souffert, la Russie perdant 0,2% à 3,7%, l’Inde 0,1% à 5,9%, le Brésil 0,4% pour atteindre les 3,5%.

Deux conclusions s’imposent à partir de ces résultats.

D’une part, la moyenne de la croissance des pays émergents s’établit à 5,3%, ce qui continuera de tirer la demande en matières premières. Comme l’explique Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, “ce n’est pas les taux [de croissance] que nous connaissions avant la crise, mais ces taux sont déjà loin. Ces pays auront des croissances plus faible qu’auparavant, mais les niveaux, de manière générale, sont bons”.

D’autre part, le ralentissement de la croissance chinoise n’est pas (plus) le fruit d’un trou d’air, mais d’un virage pris par l’économie chinoise. Comme le confiait récemment Jeff Currie, responsable de la recherche matières premières de Goldman Sachs, “peu importe que la croissance [chinoise] soit comprise entre 8 et 9% ou entre 7 et 8%. Pour moi, l’important est de savoir si cette croissance est due plutôt à l’investissement ou à la consommation”. Or au vu des récents chiffres des ventes au détail, on se dirige vers une monter en puissance de la consommation.

Ainsi si l’optimisme sur les matières premières se confirme de jour en jour, de plus en plus d’investisseurs savent que les matières évolueront différemment de la dernière décennie que nous venons de vivre.

Pause avant le redémarrage
Le marché des métaux avait pourtant bien commencé la semaine, avec une hausse lente mais progressive du LMEX, l’indice des métaux du London Metal Exchange, jusqu’à jeudi. Le dernier jour lui aura pourtant été fatal, malgré la publication de bons chiffres économiques.

Le cas du cuivre est ici révélateur, les cours ayant été victimes de prises de bénéfices en fin de semaine. Le LMEX est ainsi revenu à ses niveaux initiaux.

Comme le résume Gayle Berry, analyste de Barclays, les métaux ont évolué sur un marché “sans grande direction”. Pourtant la publication de bons chiffres sur l’industrie de la Chine, et le regain de confiance sur la croissance japonaise, a permis de soutenir le climat plutôt optimiste.

Pour Commerzbank, “la faiblesse et le manque d’enthousiasme actuel du marché ne peut pas être durable, étant donné la croissance attendue de la consommation chinoise de métaux en 2013″. D’autant plus que certains marchés de métaux restent tendus. Ainsi selon l’ICSG, le marché du cuivre a fonctionné en situation de déficit sur les 10 premiers mois de 2012, à hauteur de 557 000 tonnes.

La baisse de l’étain également devrait être passagère, alors que la saison de la mousson commence actuellement en Indonésie. Les problèmes d’acheminement ou de production sont fréquents à cette époque de l’année.

Les platinoïdes tirent encore les métaux précieux
L’or semble définitivement déprimé par ce début de reprise économique à laquelle on assiste, aux Etats-Unis et en Asie principalement. L’approche des fêtes chinoises de la nouvelle année, prévues pour la deuxième année de février, sont traditionnellement un soutien important au marché de l’or. Pourtant même ces fêtes ne sont pas arrivées à soutenir les achats. Pour Peter Fung, du grossiste en métaux précieux Wing Fung Precious Metals basé à Hong Kong, les bons chiffres de la croissance chinoise éloignent les investisseurs des valeurs refuge comme l’or.

Cette semaine, seuls les platinoïdes ont apporté un peu de soutien aux métaux précieux. En particulier, le bond de plus de 3% du palladium s’explique par l’annonce fracassante de Johnson Matthey, le cabinet d’études spécialistes des platinoïdes, selon quoi les stocks russes seraient “pratiquement épuisés”. Or les stocks russes pouvaient représenter jusqu’à 15% de son offre, alors que Moscou est le premier producteur mondial.

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Record de 2009 pour le pétrole
Le WTI, le pétrole à New York, vient d’enchaîner sept semaines de hausse consécutive, rejoignant ainsi son précédent record de 2009. Au-delà de la demande qui est en train de repartir, c’est surtout la demande pour les stocks de Cushing, le réservoir à pétrole de l’Oklahoma, qui peut enfin exporter son pétrole, qui a provoqué cette hausse des prix.

Un autre facteur a pu jouer la semaine dernière, la baisse des investissements dans le pétrole vénézuélien. C’est la première baisse en cinq ans, indiquant que la santé vacillante d’Hugo Chavez inquiète au plus haut point les dirigeants vénézuéliens et les investisseurs étrangers installés dans le pays.

Le blé ne tombera pas plus bas
Les prix du blé ont baissé cette semaine, essentiellement du fait de positions à la baisse de plusieurs fonds d’investissements. Pourtant les fondamentaux du marché restent particulièrement haussiers, notamment du fait des dommages de la sécheresse américaine.

Comme si ça ne suffisait pas, c’est le froid qui aujourd’hui est en train de donner des sueurs froides au marché du blé. Selon Les Echos, 9% des surfaces plantées en blé sont actuellement touchées par une vague de froid, appelée winter kill.

Cet événement est venu renforcer les tensions sur le marché. Aux Etats-Unis, les quantités de blé actuellement exportables sont en retrait de 30% comparées à la même période en 2012. Si l’on rajoute la faiblesse extrême des stocks aux Etats-Unis, le moindre incident climatique renforcerait la trajectoire haussière des cours.

Du côté des autres cultures, les courtiers ont “[gardé] un oeil sur la météo en Amérique latine”, pendant toute la semaine, pour Paul Georgy de la maison de courtage Allendale, du fait d’un manque de pluie en Argentine et un excès au Brésil. A surveiller.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières

Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois

Vendredi

18 janvier

2013

Vendredi

25 janvier

2013

Variation

hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 2 057 2 075

0,88%

Cuivre* 8 084 8 090 0,07%
Plomb* 2 320 2 401 3,49%
Nickel* 17 595 17 300 -1,68%
Etain 25 050 24 800 -1,00%
Zinc* 2 045 2 095 2,44%
Acier (Méditerranéen) * 285

280

-1,75%
Pétrole light

(New York 1 mois)

95,15 95,97 0,86%
Or (spot Comex) 1 684 1 656,6 -1,63%
Argent spot Comex) 31,88 31,07

-2,54%

Platine (spot Comex) 1 670 1 689 1,14%
Palladium (spot Comex) 716 741 3,49%
Blé

(le boisseau sur le Cbot)

7,9 7,81 -1,14%
Maïs

(le boisseau sur le Cbot)

7,27

7,254

-0,22%
Soja

(le boisseau sur le Cbot)

14,28 14,49

1,47%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

 

 

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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