Lundi noir sur les matières

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Les matières premières ont achevé vendredi dernier une semaine particulièrement noire, où tous les secteurs affichent des performances négatives.

Un secteur a reflété fidèlement le mouvement de panique des marchés, le secteur des métaux, industriels comme précieux. Le marché a chuté tout au long de la semaine, sans réellement parvenir à se redresser. Le cuivre est ainsi passé sous les 6 800 $ la tonne, avant de reprendre quelques dizaines de dollars en fin de semaine. L’étain ou le nickel, passés respectivement sous les 21 000 $ et 16 000 $ rejoignent le cuivre pour former le trio de tête des plus fortes baisses du LME cette semaine. L’or bien entendu a connu sa plus forte chute en intraday depuis 1983.

Conférence "A la recherche du rendement perdu"

Le déclencheur du mouvement a été l’annonce du ralentissement de la croissance chinoise lundi 15. Déjouant les attentes des analystes, la croissance chinoise s’est affichée à 7,7% contre 8% attendu. Le raisonnement a été le même pour le pétrole WTI qui est redescendu près des 88 $, contre 96 $, il n’y a pas si longtemps. Ce mouvement s’est amplifié dans la semaine, après la confirmation que le moteur chinois n’était pas le seul à décélérer. La croissance mondiale a également été revue à la baisse.

Coincée entre la chute spectaculaire de l’or et la baisse des prévisions pour la France, l’annonce du FMI n’a effectivement pas fait les gros titres dans l’Hexagone. Pourtant l’institution a abaissé ses prévisions de croissance mondiale de 3,5 à 3,3% pour l’année. Cette analyse est venue valider les quelques doutes que certains exprimaient sur la solidité de la croissance américaine. La semaine dernière, l’indice PPI (prix à la production) américain était ressorti en baisse, renforçant l’attentisme des marchés. Comme le résumait Jason Hughes, de CMC Markets à Singapour hier, “la dégradation de la croissance mondiale par le FMI, les mauvaises données américaines, les mauvais chiffres de l’automobile en Europe, et les rumeurs autour d’une dégradation de l’Allemagne, aucune de ces infos n’est bonne pour la demande“.

De nombreux analystes sont venus rappeler toutefois en fin de semaine que les mouvements de vente étaient parfois largement excessifs.

Les métaux industriels survendus
Les métaux ont été les principales victimes de la fébrilité des marchés. J’aimerais revenir sur les perspectives à plus long terme des métaux. S’il est avéré que la Chine ne retrouvera pas son niveau de consommation d’avant 2008, les marchés ont eu tendance à oublier que sa consommation n’allait pas pour autant redevenir nulle. Comme le nuance bien M.Meir, “les indicateurs publiés (lundi) montrent bien que le marché des métaux ne peut pas continuer à garder les yeux rivés sur la Chine en espérant y trouver sans cesse une justification de hausse : la Chine doit naviguer à travers ses propres cycles économiques et alterne inévitablement des soubresauts et des fluctuations dans sa demande de métaux“. La consommation chinoise se “normalise” en quelque sorte.

Le niveau atteint actuellement par les métaux n’est cependant pas soutenable à moyen termes. Alors que certains ont atteint leur seuil de rentabilité, l’analyste de chez Barclays Sudakshina Unnikrishnan souligne même que la demande en cuivre est en train de repartir en Chine. Et comme l’ajoute Graeme Train, analyste matières premières pour la banque Macquarie, “vous avez (en Chine) des ventes automobiles impressionnantes, et qui s’améliorent, et même les producteurs de machines de construction observent une hausse des ventes”. Sans renouer avec des records, les prix des métaux devraient dans un premier temps rebondir.

[NDLR : Matières à Profits a décidé de profiter de cette semaine d'excès pour rentrer à bon compte sur une minière largement survendue. Positionnée sur un métal dont les principales mines vont rapidement s'épuiser, cette minière américaine est idéalement placée sur ce marché. Retrouvez plus de détails dans MAP.]

L’or bat son record de 1983
Le cas de l’or est intéressant, puisqu’il a affiché les pertes les plus spectaculaires de la semaine. L’annonce décevante de la croissance chinoise a déclenché le mouvement. L’Asie étant une des principales zones de consommation d’or, on comprend la déception des marchés. Mais la baisse de la croissance chinoise a eu un effet “boule de neige”.

La chute a été accélérée par le relèvement des appels de marge par le CME (opérateur du COMEX, la bourse des métaux américaine), qui ont contraint à des ventes de contrats sur l’or.

Enfin la publication des minutes de la dernière réunion de la Fed le 10 avril a joué leur rôle, en suggérant que l’institution pourrait mettre un terme plus tôt que prévu à ses injections massives de liquidités dans l’économie. La débâcle des prix de l’or est, comme le résument bien les analystes de CM-CIC un mouvement, surtout “technique”.

D’ailleurs, les joailliers asiatiques se sont jetés sur l’or à la suite du décrochage, confirmant qu’une demande réelle soutient encore le marché.

L’arrivée du printemps fait chuter les prix agricoles
Les conditions climatiques en Europe redeviennent positives. Le maïs, le soja et surtout le blé affichent tous des baisses devant la perspective de bonnes récoltes. Selon l’USDA, la production européenne de blé s’apprécierait de 7% pour la saison à venir. C’est en particulier l’amélioration de la météo à l’est de l’Europe que l’USDA a souligné. En France, la récolte devrait s’améliorer de 6%. En Russie également, les exportations de blé devraient augmenter. Côté maïs, les semis pourraient s’accélérer, ce qui a contribué à rassurer les marchés.

Aux Etats-Unis, si le temps froid et/ou humide laisse encore planer des tensions sur le marché, les fonds n’en ont pas moins accentué leurs ventes devant la perspective d’une amélioration des conditions de semis dans les prochaines semaines. Le marché devrait continuer à décroître dans la situation actuelle.

Le Vénézuela prêt à intervenir sur le pétrole
Victime aussi du coup de froid qui a balayé le marché des matières premières la semaine dernière, le WTI est allé toucher le seuil des 86 $. La surréaction du marché s’est vite retournée et a permis au baril de limiter ses pertes. Le Brent s’est également effondré sous les 100 $, avant de remonter quelque peu.

C’est d’abord le déclenchement de “la chasse aux bonnes affaires”, selon Ric Spooner, analyste chez CMC Markets, qui a permis de soutenir les cours. Surtout, le Vénézuela a évoqué la possibilité d’une intervention de l’OPEP pour soutenir les cours du pétrole en fin de semaine. Démentie depuis, cette information est venue confirmer toutefois qu’il était peu probable de voir le baril chuter plus bas en l’absence de publications économiques dramatiques. A ce sujet, la publication du PIB américain pout le premier trimestre vendredi sera l’occasion d’une nouvelle évolution.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
12/04/2013
Vendredi
19/04/2013
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 876 1 872 -0,21%
Cuivre* 7 545 6 916 -8,34%
Plomb* 2 068 2 015 -2,56%
Nickel* 16 015 15 225 -4,93%
Etain 22 800 20 705 -9,19%
Zinc* 1 877 1 875 -0,11%
Pétrole light
(New York 1 mois)
89,12 88,08 -1,17%
Or (spot Comex) 1452 1413 -2,69%
Argent spot Comex) 24,55 22,76 -7,29%
Platine (spot Comex) 1 456 1 415 -2,82%
Palladium (spot Comex) 680 670 -1,47%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
7,064 6,964 -1,42%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
6,514 6,196 -4,88%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
14,114 13,672 -3,13%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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