Faut-il craindre le commo-geddon pour 2013 ?

| |
leadimg

Au coeur de l’été, le marché de la potasse (potash en englais), un des minéraux utilisés comme engrais, a été brutalement rafraîchi par un vent glacial venu de Russie. Le géant russe Uralkali a mis fin à son association avec le biélorusse Belaruskali. Anodine au premier regard, l’annonce a pourtant fait plonger les cours des principaux producteurs internationaux de 28% (PotashCorp) et 31% (Mosaic). La chute a été tellement violente que le site Seekingalpha a parlé de potash-geddon.

L’objectif d’Uralkali était de prendre les rênes du marché de la potasse, en le noyant pour provoquer une consolidation. Ce mouvement risque de ne pas être un acte isolé, car de plus en plus de producteurs se demandent comment résister à la baisse des cours des matières premières. La décision d’Uralkali pourrait être le signe d’un changement de tendance sur les commodities, le marché des matières premières.

A y regarder de plus près, la tendance haussière du marché n’a pas perdu de son tonus. Tout simplement, les opportunités ne sont plus les mêmes. Je vous propose aujourd’hui une petite analyse des grandes tendances à venir sur les matières premières.

Les métaux, le mouton noir du marché
Le secteur des métaux est le seul à ne pas entrevoir une sortie de crise. Si le rebond de ces dernières semaines a permis un petit rattrapage, le bilan global de l’année n’est pas brillant. Le cuivre a perdu 7,5% cette année, le plomb 3% et le nickel 14%.

Amorcé l’année dernière, la phase d’adaptation du marché n’est pas achevée. Les minières ont effectivement repoussé des investissements importants. Xstrata a retardé de 3 ans son projet cuprifère aux Philippines, tandis que Rio Tinto et Anglo American se sont désengagés du cuivre en Afrique du Sud. Acculées, elles sont également dû passer des dépréciations, à l’image de celle de 14 milliards de dollars par Rio Tinto qui a coûté son poste au PDG Tom Albanese.

Le temps minier est un temps long. Tel un navire qui ne peut que changer de cap très lentement, la tendance sur le LME va mettre du temps à s’inverser. Pour reprendre le cas du cuivre, les dernières décisions des minières ne vont pas empêcher le marché d’être en surplus cette année. Pour Goldman Sachs, les cours actuellement autour de 7 300 $ la tonne, pourraient tomber autour de 7 200 $ en moyenne cette année, et à 6 600 $ en 2014.

Conférence Bourse

Les pays émergents perturbent les cours sans les révolutionner
Au-delà du surinvestissement, la baisse des cours est également le fait de la baisse de la demande des pays émergents. Les bourses des pays émergents sont pratiquement toutes en chute libre. L’Inde affiche un repli de 8% depuis le début de l’année, l’Indonésie 10%, la Russie 7%, le Brésil 15%. En Chine, l’indice Shanghai Composite est en baisse de 8%. Or ce sont ces pays qui étaient à l’origine de la hausse brutale de la demande.

A partir de 2011, ces économies ont dû réagir. Face à leur surchauffe, gouvernements et banques centrales ont resserré l’accès au crédit pour calmer les ardeurs de leurs concitoyens. Résultats, les taux de croissances spectaculaires ont fané.

Selon Bank of America Merrill Lynch, citée par L’Usine Nouvelle, la Chine pourrait pour la première fois depuis 10 ans ne plus être le premier facteur de la hausse de la demande en cuivre dans le monde. Il faut noter également que si le ralentissent économique est une explication, l’arrivée dans une phase de développement moins gourmande en métaux explique aussi l’atonie des cours.

La situation des métaux est toutefois très différente de celle des autres secteurs, à savoir l’énergie et l’agriculture.

Pétrole, divergence en vue Brent/WTI
Le Brent, le contrat sur le pétrole européen, a franchi il y a quelque mois le seuil des 100 $, sans montrer depuis l’intention de redescendre. Ce décollage est le fait des tensions politiques actuelles qui brouillent les marchés. L’atmosphère de guerre civile qui plane en Egypte, par laquelle transite le pétrole via le canal de Suez, ont fait toucher les 110 $ au Brent. Si l’on rajoute à ces événements la chute de la production libyenne, la fermeture d’un oléoduc sud-soudan, et les retards de chargement de la production de Forties, un des gisements de la mer du Nord, on peut même s’attendre à des records de prix.

Dans le même temps, le WTI, coté à New York, est lui aussi repassé au-dessus des 100 $. On peut toutefois s’attendre ce qu’il finisse par décrocher d’ici 2014. La construction de pipelines pour acheminer la production de shale oil alors en plein essor aux Etats-Unis (3,9 millions de barils par jour en plus entre 2012 et 2018 selon l’AIE) a permis de désengorger les centres de stockage. Avec des stocks moins élevés, les cours se sont raffermis. Mais, à plus long terme, la hausse de la production américaine de brut finira par peser sur les prix.

Agriculture, le marché n’a pas encore atterri
Depuis le pic des prix atteint pendant la sécheresse de 2012, les agriculteurs ont planté à tout-va. Les analystes savaient toutefois que la moindre perturbation climatique pouvait à nouveau faire flamber les cours. L’analyse était juste… mais rien ne s’est passé. La pluie est tombée au bon moment, tant et si bien que la production cette année approche de ses records. Le maïs sur le CME affiche une baisse de 38% sur un an, le soja de 20% et le blé de 25%.

Aujourd’hui, les prévisions pour 2014 sont majoritairement baissières. Pour la Banque australienne du Commonwealth, les stocks mondiaux de maïs devraient retrouver leur niveau de 2001-2002. Les prix devraient ainsi atteindre les 4,75 $ en fin d’année, et les 4,40 $ mi-2014, contre 4,81 $ actuellement sur le CME.

Toutefois, la demande va rester robuste dans les années à venir. Une fois bien logée, la classe moyenne chinoise ne va pas pour autant arrêter de consommer de la viande. Selon un rapport conjoint de la FAO et de l’OCDE, la demande chinoise en boeuf par exemple va augmenter de 7% par an jusqu’en 2022. Et derrière la viande suivra la demande en soja et en maïs.

C’est probablement ce type de raisonnement qui a poussé la première minière du monde BHP Billiton à investir 2,6 milliards de dollars dans la potasse… la matière dont précisément tout le monde prédit l’effondrement !

Mon conseil
Mon conseil sera simple, il faut profiter du moindre repli des marchés agricoles pour rentrer dessus, car le temps agricole est court. Un nouveau cycle haussier peut se mettre en place dès l’année prochaine. J’attendrais la stabilisation des prix du maïs ou du soja pour rentrer sur le secteur.

Edmen Cresud. Une des obstacles structurels au développement de la production agricole dans le monde est l’absence de terres arables, au point qu’Hong Kong réfléchi à créer des fermes verticales. Matières à Profits a repéré pour vous une entreprises qui s’est fait une spécialité de mettre en culture les dernières vraies terres arables du monde. Comptant le financier Georges Soros à son capital, cette ferme cotée sur le NYSE saura vous faire profiter du prochain cycle haussier de l’agriculture.
Retrouvez plus de détails dans Matières à Profits…

Pour investir dans l’agriculture, je vous recommande de vous intéresser aux fabricants de machines agricoles. Ils sont la clef d’une agriculture productive.

Author Image for Florent Detroy

Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Un commentaire
Laissez un commentaire »

  1. jy.rubino sur 22 août 2013 à 9:27

    je crois que l’ economie est trop compliquée pour moi

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.