L’EPR fait-t-il le printemps de l’uranium ?

| |
leadimg

L’euphorie était visible des deux côtés de la Manche en début de semaine. Depuis qu’EDF a annoncé la signature d’un contrat de 16 milliards d’euros portant sur la vente de 2 EPR à la Grande -Bretagne, politiques et industriels des deux pays ne se lassent pas de commenter les répercutions positives pour leur pays respectif.

Pour le Premier ministre David Cameron, ce contrat représente la création de pas moins de 25 0000 emplois. Les industriels britanniques devraient également en profiter, puisque Costain s’occupera d’une partie des travaux sur le système de refroidissement des EPR, et Bylor participera aux travaux du génie civil.

Côté français, c’est Arnaud Montebourg qui s’est réjouit de la création de 75 000 emplois directs et indirects pour la filière nucléaire française. Areva prendra en charge la fourniture du système de contrôle-commande et la réalisation de la chaudière. Alstom s’occupera des îlots conventionnels et des turbines. Bouygues, déjà impliqué dans la construction des deux EPR européens de Flamanville et d’Olkiluoto (Finlande), sera également de la partie.

On a cependant peu parlé de l’approvisionnement en combustible nucléaire, c’est-à-dire en uranium. Contrairement à ce qu’à pu laisser entendre l’Etat français à propos de notre indépendance énergétique — pour plus de détails je vous renvoie sur cet article — le nucléaire crée des dépendances avec les pays producteurs d’uranium. Et peu importe que l’EPR permettent de réduire de 7 à 15% par mégawattheure (MWh) la consommation d’uranium selon Areva, un EPR a besoin d’uranium.

Or le marché de l’uranium est peut-être à la veille d’une grave crise.

Areva sous pression au Niger
Depuis la catastrophe de Fukushima, le cours de la livre d’uranium sur les marchés spot est en chute libre. Cette donnée a probablement dû rassurer les constructeurs anglais au moment d’opter pour le nucléaire. Pourtant il n’est pas garanti que les cours restent bas encore longtemps.

Cette année le producteur d’uranium Areva et le gouvernement du Niger vont renégocier leur contrat décennal à propos de l’exploitation des ressources du pays. Or depuis quelques semaines, Niamey a décidé de faire monter les enchères en vue de cette renégociation. Le ministre nigérien des mines, Omar Tchiana, a notamment exprimé sa volonté de voir Areva investir davantage dans les infrastructures routières.

Courtisé de toute part lors de l’attribution du droit d’exploitation sur le gisement d’Imouraren, le gouvernement sait que son gisement fait encore rêver les autres producteurs d’uranium dans le monde, au premier rang desquels les producteurs chinois. Ainsi Niamey sait qu’il possède un moyen de pression sur Areva. Mais pour l’instant, les deux camps se répondent coup pour coup. Dernier épisode en date : Areva a annoncé à l’AFP qu’il pourrait arrêter la production d’uranium d’une de ses filiales, Somaïr, détenu avec l’Etat, du fait de la menace de renégociation plus dure.

A vrai dire, il n’y a rien de neuf sous le soleil. La volonté des pays miniers de renégocier leurs contrats avec les minières est un passage obligé pour tout acteur de la mine, indépendamment du fait que ce soit légitime ou non.

Mais il semble que la menace du Niger soit assez forte pour qu’Areva ait décidé d’aller voir ailleurs. Ainsi RFI a signalé aujourd’hui que le patron d’Areva était dans les bagages du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, pour sa prochaine visite en Mongolie. Implantée dans le pays depuis 10 ans, le groupe français espère bien sceller un accord avec un des pays considéré comme un eldorado de l’uranium.

Cette agitation témoigne au final d’un point : l’uranium est encore un minerai considéré comme stratégique.

Une remontée des cours en vue
“Marronnier”. Selon le Larousse, un marronnier est un “petit article de journal sur un événement qui se reproduit à date fixe (départs en vacances, muguet du 1er mai…)”. Par extension, il s’agit d’un thème qui revient régulièrement. Or la question du retour à la hausse des cours de l’uranium est un marronnier depuis plus de deux ans. Et chaque fois, les déceptions sont les mêmes.

Prix de la livre d’uranium, en dollar depuis 5 ans

Comme on le constate, non seulement les prix ne se sont jamais redressés, mais ils ont continué de chuter. Cette baisse a même conduit les mineurs à repousser leurs projets les plus importants, comme la mise en production d’Imouraren ou le projet d’Olympic Dam en Australie de BHP Billiton.

Aujourd’hui, si plus personne ne se risque à pronostiquer un redressement des cours rapidement, il semble encore plus difficile d’envisager que les cours baissent plus bas encore. Tout simplement parce que les cours sont aujourd’hui en dessous des coûts de production.

L’EPR fera t-il remonter les cours ?
Pour Rob Chang, analyste métaux et mine pour Cantor Fitzgerald Canada Metals and Mining, 40$ la livre d’uranium représente effectivement le coût de production marginal. Or les cours sont actuellement autour de 36$. Une majorité de producteurs n’est donc théoriquement plus rentables. Pour l’instant, ils bénéficient encore de contrats d’approvisionnements à plus long terme, dont les prix restent plus élevés. Mais cette situation ne durera pas.

Les cours pourraient finalement repartir à la hausse du fait d’un déficit de production annoncé par certains analystes pour l’année prochaine. Déjà en 2012, la production minière n’avait pas pu répondre à la demande. Elle s’était établie à 58 000 contre 68 000 tonnes consommées. Seul le programme Megaton to Megawatts de retraitement des vielles ogives nucléaires soviétiques avait permis de combler l’écart. Or ce programme, bien qu’opaque, devrait arriver bientôt en fin de vie.

Mon conseil
Le timing de la reprise des cours du prix de la livre d’uranium est peut-être ce qu’il y a de plus difficile actuellement à prédire. Mais avec 68 réacteurs en construction actuellement dans le monde, auxquels il faut ajouter désormais les 2 EPR, la demande est sur une pente ascendante. La reprise sera longue, mais elle est quasiment certaine d’ici 2020.

[NDLR : Si vous désirez vous positionner dès maintenant sur une minière uranium pour profiter du rebond des prix à venir, Matières à Profits a intégré dès 2012 dans son portefeuille une grande minière uranium occidentale. Avec une production de 8 400 tonnes d'uranium en 2012, cette minière fait partie des premiers acteurs du marché. Alors qu'elle a réussi à maintenir un chiffre d'affaires stable en dépit de la baisse des cours depuis deux ans, cette minière sera en première ligne pour profiter de la reprise sur le marché du nucléaire.]

Bon investissement

Author Image for Florent Detroy

Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.