Le Clorazépate se vend-il mieux que le cuivre ?

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La semaine dernière s’est tenue le grand raout des mineurs du cuivre, le CESCO, ou (Center for Copper and Mining Studies). Au regard des interventions, une conférence des alcooliques anonymes aurait été plus joyeuse. Au point qu’à mon avis, cet événement aura davantage fait la joie des producteurs de Clorazépate, que l’on connaît davantage dans le commerce sous le nom de Tranxène ou Tranxilium, que des producteurs de cuivre.

La tonne de cuivre a chuté de plus de 300 $ en 10 jours. En particulier, l’annonce d’une croissance de 7,7% en Chine au premier trimestre 2013 lundi dernier, contre 8% attendu, a précipité la chute. Le cuivre n’est pas le seul métal à avoir subi les foudres du marché cette semaine. Nous l’avons vu hier avec Cyrille Jubert, le marché de l’or a été une nouvelle fois cassé par les marchés. Demain, nous examinerons plus en détails le marché de l’argent. J’ai choisi de me concentrer aujourd’hui sur le cuivre. Tombée de 7 500 $ à 7 200 $, la tonne de cuivre est un bon indicateur de tendance.

Je vous propose de revenir sur les fondamentaux du marché, au concret, et de nous pencher d’abord sur l’état de l’offre et de la demande du marché. Je vous confierai par la suite une idée d’investissement. La prudence est de mise, mais les opportunités sont réelles. Suivez le guide !

Le cuivre en surplus, une première en 10 ans
Le cuivre était supposé être la matière refuge depuis quelques années, après l’or, tant sa demande se voulait résiliente. Si la demande en fer est directement corrélée à la vigueur du bâtiment, la demande en cuivre, utilisé tant dans le bâtiment (tuyauterie) que dans le transport (automobile) ou l’électroménager, était assez diversifiée pour absorber les chocs. C’est d’ailleurs longtemps l’explication que l’on a donné au fait que les cours restaient bien supérieurs aux coûts de production, même en cas de déprime des marchés.

Côté offre, les problèmes de la baisse de la teneur et la hausse des coûts de production participaient également à soutenir les cours. Aujourd’hui, le cuivre a lourdement chuté, semblant invalider ces diagnostics. Pourtant cette chute doit être relativisée. Aucun des arguments cités plus hauts n’est fondamentalement devenu faux.

Surplus, le Chili pointé du doigt
La hausse fulgurante des prix de la tonne de cuivre, qui a pu atteindre les 10 000 $ la tonne en 2011, s’expliquait autant par la demande chinoise, supérieur à 5%, que par l’impréparation des mineurs de cuivre à répondre à la demande. Il faut près de 10 ans pour développer un nouveau gisement. Les nouvelles capacités de production n’étaient alors pas prêtes. Elles le sont aujourd’hui.

“De nombreux projets étaient bloqués depuis 2008. Nous constatons actuellement les effets du rattrapage à l’oeuvre depuis” selon Richard Wilson, qui gère le département métaux chez le consultant Wood Mackenzie. C’est le cas notamment de la mine d’Escondida. La mine chilienne, première au monde, devrait voir sa production bondir de 20% sur les 6 premiers mois de l’année grâce aux efforts de développement de son propriétaire, BHP Billiton. Pour Wood Mackenzie, la production totale de cuivre devrait progresser de 5%, soit sa plus forte hausse depuis 10 ans.

Résultat, pour John Mackenzie, du groupe AngloAmerican et simple homonyme du précédent, ces projets vont conduire le marché vers un “petit surplus”. Cette opinion était, lors du CESCO, pratiquement unanime. Tous les traders ont donc anticipé un léger surplus cette année, et probablement l’année prochaine.

Et côté demande, l’apathie chinoise a fait le reste.

La Chine retrouve un taux de croissance soutenable
La baisse de la croissance chinoise au Q1 2013 s’inscrit dans la continuité de l’année 2012. Pratiquement stagnante en 2012, les douanes avaient déjà souligné que depuis 3 mois, la demande de cuivre avait baissé de 30% comparé au 3 premiers mois de 2012. Le ralentissement de la demande avait ainsi gonflé les stocks de cuivre, à Shanghai comme dans les entrepôts du LME. Les stocks du LME ont atteint des niveaux jamais vus depuis 10 ans. Comme le note Gayle Berry, analystes chez Barclays et figure connue du marché du cuivre, certains producteurs vendaient leur cuivre directement à des stockistes. Le terreau était favorable à une chute des prix en cas de surprise. Pourtant cette correction apparaît saine à bien des égards.

Un marché qui renoue avec l’équilibre
Le marché est cependant loin d’être installé sur une pente descendante. D’une part, le niveau de croissance chinois affiché lundi dernier est, malgré la stupeur des salles de marché, en ligne avec les prévisions des analystes chinois, qui s’attendaient à une croissance de 7,5% en 2012. Et ce ralentissement ne va pas empêcher la demande d’atteindre les 5% de croissance cette année.

D’autre part, le marché du cuivre reste fondamentalement dominé par l’incertitude. L’effondrement (silencieux) de la mine de Bingham Canyon dans l’Utah a illustré à la perfection l’incertitude qui caractérise le monde de la mine. Peu médiatisé, la premier gisement de cuivre des Etats-Unis, et accessoirement le trou le plus grand jamais construit par l’homme, a connu un gigantesque glissement de terrain.

Cette mine produit 1,3% du cuivre dans le monde. Cet éboulement devrait ainsi réduire de 50% la production de cuivre de la mine possédée Rio Tinto cette année, ce qui pourrait contribuer à considérablement réduire le surplus du marché.

Un métal encore (très) rentable
De manière générale, le marché reste donc soumis à l’incertitude. Lors du Cesco, Jay Grewal, en charge de la stratégie chez Capstone Mining cité par l’Usine Nouvelle, rappelait qu’en 2007, 22 projets miniers étaient jugés “très probables”. Seulement 11 sont finalement arrivés à leur terme. Les autres, outre les effets de la crise de 2008, ont surtout subi des retards dus aux dépenses d’investissement nécessaires, en hausse de 40 à 50%. L’analyste CRU a même estimé qu’au Chili, ils avaient bondi de 60% depuis 2007, contre 30% en moyenne pour le reste des pays.

Le plus paradoxal, c’est que cette hausse des coûts n’enlève pas au cuivre la palme du métal le plus rentable du secteur. A 7 000 $, la minière chilienne Codelco gagne encore 3 393 $ par tonne produite. Si l’on ajoute les coûts d’investissement, Codelco gagne encore 2 000 $ par tonne produite. Certains métaux comme l’aluminium ou le nickel flirtent depuis plusieurs années avec leur coût marginal de production.

Ce constat peut être lu de deux façons. Soit cet écart montre que les cours du cuivre peuvent encore tomber plus bas. Soit le maintien d’une importante demande explique la bonne tenue des cours. Je privilégie à moyen terme cette deuxième option.

Mon conseil
Certains analystes voient les cours passer sous les 7 000 $ la tonne cette année, anticipant une poursuite de la déprime avec le maintien d’un surplus encore l’année prochaine. A mon avis, ces traders sont obnubilés par le court terme. Le maintien de la demande chinoise et l’instabilité de l’offre devraient continuer de faire osciller le cuivre dans un canal 7 000-8 000 $. Loin des 10 000 $, mais au largement au-dessus des coûts de production. C’est l’idée qu’a voulu transmettre un participant lors du Cesco, lorsqu’il s’est exclamé devant les prévisions pessimistes de ses collègues “à moyen terme, ils ont tellement tort”.

Je serai clair, ce n’est pas le moment d’entrer sur le cuivre. Le marché est encore en train de s’adapter au nouveau rythme de croissance de la Chine. Mais la baisse des cours donnera probablement lieu à un rebond. Wood Mackenzie, bien que prudent, voit la tonne de métal rouge se stabiliser autour des 7 716 $ à long terme.

Mon conseil sera de jouer la prudence. Restez à l’écart du cuivre, mais surveillez la stabilisation. Ce sera alors l’occasion de reconsidérer les minières cuivre, comme Antofogasta (ANTO:LSE) ou SouthernCopper (SCCO:NYSE).

Pour les investisseurs de long terme, allergiques au risque, une stabilisation des métaux pourrait être l’occasion de se positionner sur une grande minière. Actuellement, BHP Billiton (BLT:LSE) est à un point bas. Première minière au monde, et parmi les 3 premiers producteurs de cuivre. Un point bas des métaux pourrait bientôt dégager une bonne opportunité pour vous de rentrer sur ce joyau de la mine.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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