Chypre, l’île qui fait vaciller le nouveau monde ?

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Depuis quelque temps, je m’évertue à scruter la cohérence des records successifs des indices boursiers américains (Dow Jones) et européens (DAX, CAC 40). Ces hausses m’apparaissent suspectes, et pour tout dire partiellement artificielles. Mais un château de cartes ne tombe jamais tout seul, il faut toujours quelqu’un qui l’aide à tomber, en effleurant le château, en cognant la table, ou en laissant une fenêtre ouverte.

Aujourd’hui, on peut se demander si le président chypriote, M. Anastasiades, n’est pas cette personne. L’accord qu’il a signé avec la Troïka ce week-end sur le refinancement de son pays pourrait servir d’étincelle pour faire vaciller les indices boursiers. Petits éléments d’explications. Samedi matin, le président chypriote, le FMI et l’Eurogroupe sont arrivés à un accord sur le renflouement des finances de l’île, à hauteur de 10 milliards d’euros. Petit détail, en échange de ce plan, l’Etat va taxer à hauteur de 6,75% les dépôts bancaires de moins de 100 000 euros, et de 9,9% au-delà. Ce n’est qu’une des solutions préconisées pour faire redescendre, d’ici 2020, la dette de l’Etat sous les 100% de PIB. Toutefois, comme le souligne ce matin Georges Ugeux, PDG de la banque d’affaires Galileo Global Advisors, “l’Europe a franchi une étape dangereuse. La confiance est rompue [avec les déposants]“.

A quoi faut-il s’attendre ?

Déjà, les marchés ont commencé à décrocher. Ce matin le DAX, qui retrouvait ses niveaux pré-Lehman Brothers la semaine dernière, perdait 1,48%, le CAC 40 plus de 2% à l’ouverture, après que la Bourse de Tokyo ait fermé en forte baisse. Mais c’est surtout une éventuelle faiblesse du marché américain qui pourrait réellement donner le ton des semaines à venir. Le plus inquiétant concerne la dégradation de la confiance des investisseurs. Les efforts répétés de Mario Draghi pour rassurer les investisseurs étrangers sur l’économie européenne pourraient être partis en fumée ce week-end.

Au-delà de cette crainte, c’est surtout la fragilité de la reprise américaine et même chinoise qui pourrait apparaître, révélée par ce vent contraire en provenance d’Europe. Aujourd’hui, l’économie américaine affiche quelques signes positifs. Jeudi dernier, les inscriptions au chômage sont ressorties en baisse, alors que les investisseurs s’attendaient à une hausse. L’indicateur est revenu à ses plus-bas depuis cinq ans. De même, les ventes au détail ont progressé de 1,1% récemment, et les salaires américains ont tendance à augmenter. Pour Inna Mufteeva, économiste chez Natixis, la confiance des marchés repose également sur l’achèvement de l’assainissement du bilan des banques, le désendettement des ménages et un léger mieux sur l’immobilier.

Pourtant ces indicateurs sont encourageants, mais ne suffisent pas à rassurer tous les investisseurs. Ainsi la crise chypriote pourrait être en mesure d’inverser cette dynamique, en cassant la confiance des investisseurs. Ce matin, ce sont les banques qui accusaient les plus fortes baisses. Une contagion aux Etats-Unis affecterait leurs banques, et pourrait souligner plus visiblement les problèmes internes des Etats-Unis. Rappelez-vous, depuis l’accord signé au Congrès en décembre 2012, et plus encore suite à l’absence d’accord début mars sur le budget américain, les dépenses publiques baissent. Si en plus la capacité de financement privé en Europe et aux Etats-Unis viennent à manquer, la reprise économique n’apparaîtra alors que comme un feu de paille.

En attendant, le cours de nos matières est resté relativement stable.

Mer d’huile sur les métaux
La Commerzbank a résumé en fin de semaine l’activité sur les marchés des métaux en quelques mots : les marchés ont “débuté la semaine comme ils avaient terminé la semaine précédente, en faisant du sur-place”. Même la tentative de rebond des métaux suite aux publications des bons indicateurs américains a été très vite abandonnée, suite au renchérissement du dollar.

Plus fondamentalement, le marché patine face à l’incertitude qui entoure la demande chinoise. Les stocks restent relativement hauts, et les dernières nouvelles ne témoignent pas d’un relâchement de la vigilance de Pékin sur le secteur immobilier, grande courroie de transmission de la demande de métaux. Ce matin, les autorités ont annoncé que sur 70 villes chinoises suivies, 62 avaient vu leur prix du mètre carré augmenter. La nouvelle direction n’est pas prête à desserrer les mesures de restriction sur le crédit, ce qui pénalise obligatoirement la demande en métaux.

A noter la bonne résistance des prix du nickel. La Chine a procédé, par l’intermédiaire du SRB (State Reserve Bureau), à un rachat de 20 000 tonnes de nickel, permettant de “stériliser” les stocks encore hauts. L’empire du Milieu est actuellement le principal soutien de ce métal.

Iran et le pétrole
Le WTI a grappillé quelques centimes vendredi avec la baisse du dollar. Toutefois le marché, à New York comme à Londres, reste équilibré. Ce sont avant tout les tensions géopolitiques qui pourraient faire progresser le baril dans les semaines à venir. A la veille d’une visite de Barack Obama en Israël, les marchés s’attendent à un durcissement des positions des Etats-Unis sur l’Iran. Le président a pratiquement annoncé ce durcissement, en prévenant que l’Iran pourrait avoir l’arme nucléaire dans “un peu plus d’un an”. Pour Commerzbank, “toutes les options sont ouvertes”.

Le soja ne fait plus recette
Contrairement aux années précédentes, les marchés agricoles enchaînent les bonnes nouvelles. Il y a plusieurs mois, les récoltes d’Argentine et du Brésil étaient attendues en forte hausse. Puis un petit épisode de sécheresse est venu tempérer l’optimisme. Cette semaine vient de confirmer que la situation était finalement mieux qu’attendue.

Comme le souligne Dewey Strickler, de Ag Watch Market Advisors, “ceux qui avaient parié à la hausse sur le maïs en anticipant une baisse des rendements en Amérique du Sud en sont pour leurs frais“. Car l’arrivée de la pluie en Amérique du Sud a allégé les risques de baisse de la récolte. C’est le soja en particulier qui a été touché. Aux Etats-Unis, les anticipations de pluie et de neige ont également pesé sur les cours de l’oléagineux.

Toutefois la demande a également joué un rôle cette semaine. Notamment, l’annulation d’une importante commande de soja de la Chine aux Etats-Unis, annoncée par l’USDA, qui a participé à faire chuter l’oléagineux.

Il en a été tout autrement pour le blé. L’USDA a annoncé une forte hausse de la demande de blé, ce qui a permis de compenser l’amélioration des conditions climatiques. En plus, la baisse ces derniers mois a amené les acheteurs à profiter des prix, Commerzbank analysant que “les niveaux faibles de prix semblent attirer les acheteurs, notamment parce que l’offre en provenance de la région de la mer Noire s’amoindrit”.

Les doutes sur la croissance américaine encouragent l’or
L’or est peut-être le métal le plus indécis actuellement. Stabilisé autour des 1 600 $ l’once, les forces militant pour une poursuite à la baisse comme à la hausse semblent se neutraliser.

Les arguments pour une baisse sont nombreux. Il s’agit bien entendu des meilleurs chiffres du chômage américain. Ce n’est néanmoins pas le seul argument. Pour Jeremy Friesen, analyste chez Société Générale, “les prix de l’or évoluent dans l’optique d’une poursuite de la reprise américaine, ainsi que de l’arrêt d’ici la fin de l’année du programme de stimulus de la Fed”.

D’autres analystes sont plus circonspects sur cette croissance, et pensent que la reprise américaine n’est pas assurée. Surtout, l’arrivée d’une nouvelle échéance au Congrès sur les négociations du budget US en mai commence déjà à inquiéter.

Sur la semaine, l’or a quand même fini légèrement en hausse en fin de semaine, grâce à la déclaration prémonitoire du président de la Bundesbank, Jens Weidmann, qui a rappelé que la crise de la zone euro “n’était pas finie”. A l’ouverture ce matin, l’or s’approchait des 1 610 $ l’once. Reste à savoir si Chypre sera le principal soutien de l’or dans les semaines à venir.
[NDLR : Découvrez vite comme l'effet "5 dernières minutes" pourrait propulser le prix de nombreuses matières premières à la hausse – et pourquoi il faut s'y préparer dès aujourd'hui : tout est expliqué ici...]

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
08/03/2013
Vendredi
15/03/2013
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 968 1 984,50 0,84%
Cuivre* 7 744 7 811 0,87%
Plomb* 2 211 2 253 1,90%
Nickel* 16 625 17 190 3,40%
Etain 23 745 24 045 1,26%
Zinc* 1 989 1 979,50 -0,48%
Pétrole light
(New York 1 mois)
91,66 92,43 0,84%
Or (spot Comex) 1 577,20 1 603,90 1,69%
Argent spot Comex) 28,84 28,83 -0,03%
Platine (spot Comex) 1 593 1 577 -1,00%
Palladium (spot Comex) 770 765 -0,65%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,98 7,16 2,58%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
7,08 7,11 0,42%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
14,77 14,114 -4,44%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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