La semaine écoulée ne laisse pas l’ombre d’un doute quant à la bataille qui se déroule actuellement sur les marchés actions et les matières. Les bears, après neuf mois d’intense hibernation, sortent de leur tanière. Les bulls, qui avaient tout le terrain de jeu à eux seuls jusqu’ici, ont beau mener une lutte acharnée, ils perdent du terrain, jour après jour. Cette semaine, le DAX abandonne encore 1,5%, Shanghai 4,4%, Tokyo 3,7% et Paris plus de 2%.
Le Dow Jones limite la casse, mais se retrouve juste au-dessus d’un support clé : le seuil psychologique des 10 000 points. Une rupture de ce seuil serait de très mauvais augure pour l’ensemble des marchés actions. Tout comme celui du seuil clé des 1 080 points sur le S&P 500. Surveillez ces seuils de près.
Côté matières, le rouge vif s’impose également.
L’équilibre serait-il en train de basculer franchement dans le rouge ?
Un retour jusque vers les 3 400 points sur le CAC n’est pas improbable si nos bears continuent sur leur lancée. Méfions-nous, car du strict point de vue macro-économique mondial, ils sont armés jusqu’aux dents !
En Allemagne, si le climat des affaires (IFO) ressort en légère hausse en janvier, les anticipations de consommation voient rouge… Normal, le chômage (8,6%) s’accroît outre-Rhin.
Et en Zone euro, le nombre de chômeurs atteint un record historique à 10%.
Les "relativement bonnes nouvelles" sont venues des Etats-Unis, avec un PIB au quatrième trimestre 2009 (en rythme annualisé) en hausse de 5,7% et une amélioration de la confiance des consommateurs (Conference Board). On revient de loin ! Sur 2009, la destruction de richesse (PIB) a atteint -2,4% ! 60 ans qu’on n’avait vu pareil débandade…
Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Tout n’est pas rose, loin de là. Six banques viennent encore de faire faillite aux Etats-Unis. Trois faillites en tout et pour tout en 2007, 140 en 2009 ! Et le pic est à venir, sur 2010…
Selon les experts, entre 2009 et 2013, le coût des faillites bancaires américaines s’élèvera à des centaines de milliards de dollars. Car ne vous détrompez pas. Des "squelettes", il en reste plein les coffres bancaires. D’ailleurs, on devrait en voir ressurgir pas mal en milieu d’année…
Et toujours en toile de fond
- la volonté d’Obama de "brider" les banques trop importantes ;
- la ferme intention chinoise de freiner son économie au bord de la surchauffe ;
- le dollar qui rebondit fortement : cette semaine, l’euro a dérapé sous les 1,39 $. Plombé par "l’affaire grecque"…
Inutile de vous dire que tout ceci pèse sur nos matières.
Petit tour d’horizon de nos matières premières touchées par le grand retour de l’aversion au risque…
1. Energie : le repli se poursuit côté brut
L’aversion au risque — qui fait remonter le cours du dollar — et le risque de resserrement monétaire chinois ont définitivement freiné les ardeurs des plus optimistes qui poussaient jusqu’ici les cours du brut à la hausse.
Les 84 $ récemment touchés par le baril de brut WTI à New York ne sont plus qu’un lointain souvenir. Le marché est à nouveau à l’écoute des fondamentaux.
La consommation américaine reste atone et les raffineries tournent au ralenti.
L’Agence internationale de l’énergie estime que la demande de brut des pays de l’OCDE a touché un pic en 2008 et ne reviendra jamais à ce niveau. Nous le savions. La hausse de la demande de pétrole viendra des BRIC et du Moyen-Orient à l’avenir.
Livraison mars, le WTI terminait la semaine autour des 73,40 $ le baril à New York (72,07 $ pour le Brent à Londres).
Ce matin, le brut léger (light crude) cotait 72,90 $.
Pour ma part, je suis plutôt baissière sur le pétrole. Fondamentalement, les perspectives pour les prochains mois restent ternes, pour cause de risque de ralentissement de la demande chinoise, de hausse du dollar, de reprise de la production de l’OPEP et de manque de vigueur de la demande dans les pays développés.
Et après 140% de hausse depuis le creux de février 2009, une pause est plus que salutaire.
Graphiquement, nous ne sommes pas loin de tester des seuils supports importants. Restez attentif.
Le gaz naturel s’enfonce lui aussi dans le rouge. Les fonds, qui avaient d’énormes positions short sur le marché, vont-ils finalement gagner la partie ? C’est bien parti…
2. Métaux précieux : le métal jaune voit rouge
Très mauvaise semaine pour les métaux précieux, plombés par le fort rebond du billet vert qui revient à un point haut de six mois, et la pression généralisée sur les actifs (notamment les matières) qui lamine le moral des investisseurs or.
Le cours de l’or poursuit sa baisse, revenant à son niveau de début novembre. Actuellement, il teste le seuil support des 1 075 $. Un passage net sous ce seuil serait techniquement un signal négatif qui pousserait davantage l’or encore à la baisse. La bonne nouvelle est qu’il serait alors possible, en attendant encore un peu, de rentrer à bon compte sur l’or.
[NDLR : Découvrez les stratégies hebdomadaires de nos spécialistes du métal jaune et préparez-vous -- si ce n'est déjà fait -- à voir vos investissements suivre la pente haussière de l'or : pour en savoir plus sur ses perspectives et ses fondamentaux...]
L’argent suit l’or comme un seul homme, amplifiant le mouvement baissier. Le voilà qui s’enfonce à nouveau allègrement sous les 16 $ l’once, niveau qu’il n’était plus allé tester depuis la première semaine d’octobre 2009…
Toutefois, il sauve la face, terminant la semaine autour des 16,29 $.
Les platinoïdes, qui s’étaient littéralement "envolés" ces dernières semaines, résistent vaillamment. Une situation qui n’est en aucun cas le fruit du hasard. Platine et palladium se tiennent parce que la demande est essentiellement industrielle (le secteur automobile, qui représente 65% des débouchés, rebondit). En outre, le lancement aux Etats-Unis d’ETF adossés à des stocks physiques de palladium et de platine fait fureur, ce qui fait émerger une demande d’investissement auparavant inexistante.
Le palladium a terminé la semaine à 420 $ et le platine à 1 515 $. (Vous pensez à Marignan ? Alors vous aimez l’histoire comme moi !)
| Cou rs à 3 mois |
Vendredi 22/01/2010 |
Vendredi 29/01/2010 |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 267 | 2 079 | -8,29% |
| Cuivre* | 7 375 | 6 745 | -8,54% |
| Plomb* | 2 295 | 2 025 | -11,76% |
| Nickel* | 18 800 | 18 500 | -1,60% |
| Etain | 17 775 | 17 200 | -3,23% |
| Zinc* | 2 444 | 2 110 | -13,67% |
| Acier (Méditerranéen) | 444 | 445 | 0,23% |
| Or (spot) | 1 092,00 | 1 077,40 | -1,34% |
| Argent (spot) | 17,07 | 16,07 | -5,86% |
| Platine (spot) | 1 541,80 | 1 507,00 | -2,26% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : débandade, pour la troisième semaine consécutive
La Chine a été à l’origine de l’impressionnant rebond des cours des métaux sur 2009, initié et soutenu par ses importations massives de métaux tout au long de l’année.
La Chine continue de nouer et de dénouer le destin de nos matières premières. Car aujourd’hui les investisseurs craignent que le resserrement monétaire ne bride la croissance chinoise et, par répercussion, la demande chinoise de métal.
Si la Chine n’importe plus, qui donc soutiendra les cours ?…
Ajoutez au tableau l’aversion croissante au risque. Elle dope le dollar et plombe sévèrement les métaux.
Après l’incroyable rebond des cours sur 2009, et étant donné le niveau stratosphérique des stocks de métal qui s’accumulent dans les entrepôts, une consolidation des cours était inévitable. Nous sommes en train d’y assister.
Prenez le cuivre. Son cours avait repris 150% depuis le creux alors même que le stock sur le LME était continuellement en hausse (il atteint un point haut de six ans à 540 000 tonnes). Même à la Bourse de Shanghai les stocks s’accumulent, à plus de 100 000 tonnes.
L’aluminium déprime lui aussi. Ecrasé sous le poids de stocks pléthoriques et confronté à une production qui s’affiche en forte hausse.
Zinc et plomb n’échappent pas au violent mouvement de repli non plus. .
Le nickel, lui, se maintient. Probablement sous l’effet du report de l’ouverture de la mine de nickel de Vale en Nouvelle-Calédonie.
4. Soft commodities : l’insolente santé du sucre déstabilise…
Blé, maïs et soja ont suivi la tendance baissière des matières premières, s’affichant cette semaine en repli. A échéance trois mois sur le CBOT, les cours affichent 4,75 $ le boisseau pour le blé, 3,56 $ pour le maïs et 9,14 $ pour le soja.
Même le cacao se replie. Lui qui caracole depuis des semaines à des sommets perd quelque 7% (il a atteint la semaine dernière un record de 33 ans, à 2 356 $).
Le cours du cacao devrait rester à des niveaux de cours élevés, les investisseurs craignant à présent que ne se propage un virus destructeur pour les pieds des cacaoyers ivoiriens.
En revanche, le sucre est à contre-courant des tendances. Non seulement il est à des sommets historiques, mais il continue de battre record sur record, grimpant toujours plus haut alors que tout dégringole autour de lui…
Voilà qu’il vient de passer la barre des 30 cents la livre ! Et ceci alors même que l’Union européenne vient de recevoir l’autorisation d’exporter 550 000 tonnes de sucre sur les marchés internationaux alors que cela lui était interdit jusqu’ici, pour des raisons de quotas.
Certes, le cours s’est un peu replié en fin de semaine, mais il affiche tout de même un élan et une santé incroyables. Une santé de fer dont vous connaissez les raisons puisque j’ai eu l’occasion de vous parler dans ces colonnes à maintes reprises.
Je vous recommande de suivre le cours du sucre de très près. Il y a sans doute ici une opportunité à saisir. Je ne le lâche plus des yeux…


