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Sauver l'euro en procédant à une dévaluation interne ?
par Thomas Porcher
Mardi 01 juin 2010
Cela ne suffira pas pour sauver l'euro
L'intervention coordonnée des pays de la zone euro ne suffira pas. Pour sauver l'euro, Portugal, Irlande, Espagne et Italie doivent prendre des mesures à leur tour.
Voici la situation :
Risque d'insolvabilité au Portugal
Le Portugal a une situation économique similaire à la Grèce.
▪ Fortement endetté sur les marchés étrangers, le pays est soumis à un risque d'insolvabilité, (incapacité de rembourser sa dette).
▪ L'épargne des ménages est faible, d'où les risques de diminution brutale de la consommation suite au plan d'austérité : les ménages n'ont pas de coussin de sécurité pour continuer à consommer quand leur revenu baisse.
Seul avantage du Portugal par rapport à la Grèce : une moindre évasion fiscale qui lui assure des recettes budgétaires plus importantes.
Mon avis ?
Une aide précoce du FMI devrait permettre un retour à l'équilibre plus rapide qu'en Grèce car le risque d'emballement de la dette est moins important.
Surveillez l'Irlande et l'Espagne de près
Leur situation macroéconomique est différente de celle de la Grèce :
L'épargne y est plus importante, la compétitivité à l'export plus grande et la capacité à limiter l'évasion fiscale plus forte.
En revanche, les deux pays ont un système financier très ouvert sur l'extérieur, ce qui les rend sensible à la conjoncture économique des marchés financiers.
Mon avis ?
Ca n'est pas tant une intervention du FMI qu'une garantie de la BCE qui doit être apportée à ces pays. L'idée : mettre en place un filet de sécurité pour éviter la contagion en provenance de la Grèce et une crise de liquidités en cas de baisse de l'activité.
La diminution de la dette reste une priorité, en particulier pour l'Irlande dont l'ajustement budgétaire doit être comparable à celui de la Grèce.
Comment diminuer la dette et restaurer la compétitivité des pays ? Je vous soumets quelques pistes de réflexion.
1. Procéder à une dévaluation interne
C'est-à-dire diminuer/modérer les salaires (donc les coûts de production) pour restaurer la compétitivité.
Compte tenu du niveau élevé des dettes publiques et des faibles perspectives de croissance, la diminution des salaires peut être récessionniste : un moindre salaire signifie moins de rentrées fiscales et une consommation moindre, ce qui fait monter la dette publique et pénalise les producteurs locaux.
En étant très optimiste, on peut espérer que la diminution des coûts relance les exportations et donc la croissance interne, puisque le travail devient moins cher. Mais c'est évidemment sans prendre en compte les problèmes structurels des économies du sud de l'Europe : faible sensibilité de l'emploi à la croissance, importance de l'emploi public, etc.
En clair, pour les PIGS (Portugal – Irlande – Grèce - Espagne), il n'est pas sûr que l'adhésion à la monnaie unique ait été bénéfique.
2. L'autre solution, c'est la "dévaluation externe"
Ses avantages sont évidents pour les pays exportateurs comme l'Allemagne : un euro moins cher rend les produits nationaux moins chers sur les marchés internationaux.
D'un autre côté, la dévaluation peut entraîner une légère augmentation de l'inflation (nos produits importés deviennent plus chers). Cette inflation diminue la valeur de la dette publique et le salaire réellement perçu par les travailleurs, ce qui diminue les coûts des entreprises.
Une mise en oeuvre complexe
Cependant, la dévaluation externe se heurte à la nécessité d'un accord entre les principales banques centrales et à la capacité de la BCE à défendre l'euro contre les marchés.
En outre, un euro qui se déprécie rapidement est une mauvaise nouvelle car cela signifie que les investisseurs ne veulent plus détenir de l'euro ou des titres en euro. Or la défiance est le pire ennemi de la monnaie.
Nous avons connu une crise bancaire doublée d'une crise de la dette privée Aujourd'hui, nous vivons une crise de la dette publique. Les plans d'austérité et de restauration de la compétitivité nous permettront-ils d'éviter une crise monétaire en zone euro ?
L'avenir nous le dira.
Thomas Porcher, économiste et dirigeant de GBP-conseil http://www.gbp-conseil.fr/ et Simon Porcher, économiste http://observatoiredesidees.blogspot.com/
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