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Engrais : les fonds sont à l'affût, les fondamentaux haussiers
par Sylvain Mathon
Jeudi 11 février 2010
Entre 1906 et 1910, deux chimistes allemands, Haber et Bosch, vont révolutionner le secteur en mettant au point le procédé de synthèse de l'ammoniac (NH3) à partir du diazote (N2) contenu dans l'air que nous respirons. Le procédé est assez complexe − il y a des conditions de pression et de température à respecter −, mais peu coûteux. Or à partir de là, on peut produire tous les nitrates de synthèse et tout l'acide nitrique que l'on souhaite − bref, des engrais et des bombes à foison : le XXe siècle est en marche...
180 millions de tonnes d'engrais consommés dans le monde en 2007
Les plantes ont besoin, pour se développer en abondance, de puiser dans le sol trois types de macroéléments : l'azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K). D'ailleurs, la proportion "NPK" est le critère de base qui définit la plupart des fertilisants.
Mes anciens lecteurs se souviendront que nous avons abordé le phosphore et ses composés minéraux − les phosphates − dans le numéro 11 de Matières à Profits. Nous allons ici parler de l'azote et des nitrates (NO3-), qui sont de loin le plus important composant en volume : 60% des quelque 180 millions de tonnes d'engrais consommés dans le monde en 2007.
Les nitrates ont changé le visage de l'agriculture
Les nitrates sont produits pour l'essentiel par synthèse grâce au procédé Haber. Ils ont poursuivi leur ascension − et formé le socle de la révolution verte qui, dans l'après-guerre, a changé le visage de l'agriculture mondiale. Sans eux, pas d'agriculture intensive possible.
Selon certains auteurs, l'homme fixerait chaque année un volume d'azote égal à 50% de l'azote fixé par l'ensemble des bactéries de la planète, à la seule fin de doper son agriculture !
Nous connaissons la puissance du système, mais aussi ses limites : le lessivage des sols par les eaux de pluie, la pollution des nappes phréatiques, la prolifération des algues vertes − par exemple sur les côtes de ma Bretagne natale.
Pendant ce temps, à Amman en Jordanie...
De telles questions ne sont pas, bien sûr, au centre des préoccupations de l'IFA, l'Association Internationale des Industries des Fertilisants − principal lobby du secteur.
Voici quelques semaines, l'IFA tenait son 35e congrès à Amman, en Jordanie : il s'agissait, entre autres, de réfléchir aux perspectives du secteur mondial à court/moyen terme. Ses conclusions ne manquent pas d'intérêt.
Si vous avez suivi avec moi le cours des céréales ces derniers mois, vous ne serez pas surpris d'apprendre que le secteur des engrais a durement souffert de la crise.
Effondrement de la consommation d'engrais
La consommation globale − tous engrais confondus − en 2008/2009 s'est contractée de 6,7%.
La demande en potasse a dévissé de près de 20% et celle en phosphore, de plus de 10%. Il faut dire que les cours − notamment, de la potasse − avaient largement suivi la flambée spéculative sur les céréales.
Les fermiers ont donc jeté l'éponge et significativement réduit leurs taux de fertilisation. La demande en potasse s'est effondrée dans le monde − en premier lieu, en Chine.
La région canadienne de Saskatchewan, grande productrice de potasse, estimait en novembre dernier son manque à gagner à 1,8 milliard de dollars !
Et pourtant, les récoltes sont abondantes
Cela n'a pas empêché les exploitants d'obtenir des récoltes abondantes de blé (en France) ou de maïs (aux Etats-Unis).
Aux yeux de l'industrie, les exploitants ont tout bonnement puisé dans les réserves accumulées dans leurs sols : tôt ou tard, il faudra bien qu'ils les reconstituent.
Combien de temps faudra-t-il ? "Plus d'une saison sans doute", répond l'IFA...
Le marché est excédentaire
Pour la deuxième année de suite, la production d'engrais a excédé la demande, et le déstockage demandera du temps.
Cela pourrait vouloir dire que le rebond est attendu pour 2010 − vers la fin de l'année, peut-être.
Selon les projections − certes spéculatives − de l'association, les compartiments les plus malmenés aujourd'hui seraient à l'honneur : la demande pourrait rebondir de 13,5% pour la potasse dès l'année prochaine, tandis qu'un recovery modeste prendrait place pour l'azote et le phosphore.
Les fonds spécialisés n'en demandaient pas davantage !
Il semble qu'ils soient déjà en train de revenir sur le secteur.
Du coup, et sur la foi d'un pronostic positif pour la potasse, le Canadien POTASH CORP fait partie des valeurs très travaillées – avec 25% de hausse en l'espace d'un mois...
[NDLR : Retrouvez les recommandations détaillées de Sylvain sur cette pépite et sur bien d'autres secteurs encore ! Sylvain n'a pas son pareil pour débusquer les opportunités là où les autres investisseurs n'auraient pas idée de chercher : pour en savoir plus...]
Car au-delà de l'horizon immédiat, les fondamentaux sont haussiers...
Ne serait-ce qu'en raison de la croissance chinoise : en matière d'engrais comme dans tant d'autres domaines des commos, les données de l'empire du Milieu donnent le tournis !
La Chine est le premier producteur et le premier consommateur d'engrais au monde. Avec 50 millions de tonnes d'éléments nutritifs (N+P+K) produits en 2007, elle pèse presque trois fois plus que le numéro 2 mondial, les Etats-Unis...
Et cela ne lui suffit pas, puisqu'elle figure aussi dans le top 15 des pays importateurs (certes, loin derrière les têtes de liste : Etats-Unis, Brésil, Inde et France).
L'Asie est la seule région où la demande en engrais a progressé cette année, tirée bien entendu par le pays du Dragon.
A cela s'ajoute le retour en force de la sécurité alimentaire
Nous en avons déjà parlé dans Matières à Profits − mais les derniers chiffres communiqués par la FAO font froid dans le dos : depuis la fin des années 90, le nombre d'affamés ne cesse de croître dans le monde − et du fait de la crise, il devrait connaître cette année une accélération inquiétante.
Cette année, on a franchi le seuil du milliard d'individus sous-alimentés : du jamais vu depuis 1970.
Un sujet reste tabou
Il y a tout de même un sujet sur lequel l'IFA observe une discrétion de violette : c'est celui de l'impact de cette demande sur l'environnement.
Complétons donc le tableau pour elle : le monde a faim, c'est un fait, et il faudra bien continuer à doper les sols par les engrais de synthèse.
Mais les pollutions (notamment, aux nitrates) iront croissant... Et dans les zones chinoises d'agriculture intensive, elles poseront, vous vous en doutez bien, des problèmes d'une toute autre ampleur que sur les côtes bretonnes, où elles tiennent déjà lieu de petite catastrophe écologique.
La Chine sera au coeur du problème
Il serait irréaliste de penser que l'agriculture mondiale, du jour au lendemain, va se convertir aux engrais verts... Mais que ceux-ci prennent une part toujours plus importante dans les cultures, cela me paraît une conséquence inéluctable de l'empoisonnement des sols auquel on assiste aujourd'hui, et où nous a menés la recherche nécessaire de la productivité agricole.
Songez-y...
La Chine produit à elle seule le quart des engrais de la planète ; or elle a si peu de terres arables qu'elle est obligée d'en acheter, en Afrique, à tour de bras − comme nous l'avions vu dans un précédent numéro.
Son modèle agricole est donc nécessairement intensif ; et à l'échelle de sa population démesurée, les problèmes environnementaux qui l'attendent ne se traduiront pas en termes de qualité de vie : ils risquent fort de concerner sa survie pure et simple.
C'est ici précisément qu'il faut voir émerger les opportunités
Ce n'est donc ni un hasard ni un luxe si de nombreuses start-up chinoises se sont lancées dans le créneau de l'agriculture durable...
Et je ne vous cache pas que je leur vois un grand avenir.
C'est précisément dans le secteur des engrais biologiques que je suis allé dénicher notre pépite de ce mois...
Conscient des menaces écologiques qui pèsent sur l'agriculture nationale, le gouvernement chinois, toujours planificateur, a lancé une campagne d'incitation à utiliser des fertilisants naturels. Mais il y a encore du chemin à parcourir : ces engrais dits "biologiques" (organic) ne représentent pour l'instant qu'une part de marché de 10%. Il s'agit donc d'un marché tout juste naissant − mais son potentiel de croissance, pour les raisons que je viens de décrire, s'en trouve d'autant plus élevé !
Une véritable pépite
Or une jeune société d'engrais verts basée à Pékin qui opère essentiellement sur le marché agricole chinois retient toute mon attention.
Elle développe depuis 12 ans des "fertilisants biologiques liquides" − respectueux de l'environnement. Selon la compagnie, ces engrais permettent d'obtenir des rendements agricoles de 15% à 40% plus élevés.
Elle a récemment signé un accord de commercialisation jusqu'à fin 2010 avec le plus grand distributeur d'engrais chinois, afin d'étendre sa couverture commerciale à l'ensemble du pays. Et le groupe ne compte pas s'arrêter là : il souhaite se lancer aussi dans la conquête des marchés d'Asie centrale et de Russie.
Des ambitions qui me séduisent. Et je ne suis pas le seul...
Gage de confiance de la communauté financière quant au potentiel de notre pépite, la société d'investissement Carlyle a acquis 16,5% de son capital...
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