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Chaos sur les marchés. Seuls survivants : le dollar, le cacao et le sucre
par Isabelle Mouilleseaux
Lundi 25 janvier 2010
Douche froide
Cette semaine, les marchés ont décroché. Tous. Actions, matières premières, monnaies fortes... parmi les rescapés : le dollar, le sucre et le cacao résistent.
C'est le grand retour en force de l'aversion au risque et de la volatilité. Le paysage devient flou, la visibilité -- qui était déjà très limitée -- se brouille, les actifs tanguent.
Le DAX perd 3%. L'Allemagne, locomotive de l'Europe, qui a vu son PIB plonger de 5% l'an dernier, ne devrait que très laborieusement se redresser. Scrutez l'IFO mardi, le baromètre de la conjoncture qui sonde le moral des entrepreneurs.
Paris perd 3,38%. En trois jours, le S&P 500 plonge de 5,16% !
La faute à Pékin et à Washington qui ont décidé de ramer dans le même sens
Objectif commun : refroidir les ardeurs des investisseurs.
La Chine, moteur de la reprise actuelle, est en train de fermer le robinet du crédit qui coulait jusqu'ici à flots. Cette année, l'émission de nouveaux crédits sera divisée par deux par rapport à l'an dernier. Carrément. D'où le coup de frein sur l'activité économique anticipé par les investisseurs.
Obama lui, après avoir déjà décidé de taxer les banques, veut à présent museler leur activité et limiter leur taille. Exit les banques "trop grosses", qu'on ne peut "lâcher" -- leur faillite déclenchant un risque systémique --, et qui ont tant saigné le contribuable américain. Plus jamais ça !
Parallèlement, le climat des affaires américaines se dégrade avec un indice de Philadelphie en fort repli, et les chiffres de l'emploi américain ne sont guère rassurants.
L'économie réelle pourra-t-elle s'aligner sur les anticipations fictives ?
Les investisseurs, qui ont poussé les niveaux de valorisations des actifs aux limites de l'extrême, prennent leurs bénéfices. Avec un PER de 20 sur le S&P 500, alors que sa moyenne se situe aux alentours de 16, il est grand temps que les investisseurs commencent à s'inquiéter.
Seraient-ils soudain dans le doute quant à la capacité de l'économie réelle de s'aligner sur leurs trop optimistes anticipations fictives ?
L'euro continue de s'enfoncer face au dollar
Passant de 1,44 $ à presque 1,40 $ sur la semaine (1,4028 jeudi). Notre euro pâtit des craintes sur la dette grecque et des anticipations de resserrement des taux par la BCE.
De son côté, le dollar bénéficie du débouclage du carry trade et redevient "valeur refuge" dans la tempête. C'est la fuite vers les Treasuries américaines...
Notre ami Ben va être content. Surtout qu'en ce moment sa reconduction à la tête de la Fed entraîne en coulisse une bataille acharnée !
Rapide tour d'horizon de nos matières.
1. Energie : le brut rechute sous les 75 $ à New York
Le brut décroche. Logique. Nous assistons au grand retour des fondamentaux sur le devant de la scène.
La demande en provenance des marchés développés est atone (sur les quatre dernières semaines, la demande américaine de produits pétroliers s'est inscrite en repli de 1,8% par rapport à la même période N-1 !)
Seule la Chine tirait la demande de brut jusqu'ici. Maintenant, si elle se met à appuyer sur la pédale de frein... les comptes sont vite faits. Voilà qui rend les investisseurs nerveux.
Parallèlement, (quel manque de chance !) l'offre de l'OPEP se renforce progressivement.
La volonté d'Obama de limiter les activités de trading en compte propre des banques a également pesé sur les cours. Car le marché du brut est l'un de leurs terrains de jeu de prédilection.
Il y a déjà la CFTC (l'autorité de régulation des marchés des matières premières aux Etats-Unis) qui travaille actuellement à limiter les positions des gros opérateurs sur les marchés du pétrole et du gaz pour freiner la spéculation...
Le "rebond" du dollar et la fin de l'épisode polaire sur les Etats-Unis (fort redoux !) ont fait le reste.
Voilà qui a poussé le baril WTI jusque sous les 75 $, alors qu'il caracolait encore non loin des 84 $ il y a quelques jours.
Livraison mars, le Brent cotait vendredi en fin de journée 73,15 $ sur l'ICE et le WTI 74,84 $ à New York (74,29 $ au moment où je vous écris)
2. Métaux précieux : l'or consolide, l'argent plonge
La correction se poursuit. L'or est plombé par le dollar et la nervosité des marchés, et est repassé jeudi sous la barre psychologique des 1 100 $ (chutant jusqu'à 1 084).
"Les semaines se suivent et se ressemblent", peut-on lire dans L'Investisseur Or & Matières. "En effet, depuis le début de l'année, les cours de l'or ont entamé une phase de reprise technique au-dessus des 1 100 $. Alors que le dollar a repris le chemin de la hausse dernièrement, le potentiel d'appréciation du métal précieux à court terme semble d'autant plus limité... Le risque reste à la baisse sur le métal à court terme. En cassure des 1 075 $, la première cible se situe à 1 035 $"...
L'argent a suivi l'or à la baisse. En amplifiant le mouvement, comme à son habitude.
Les platinoïdes, toujours fortement soutenus par la création d'ETF consacrés aux platinoïdes aux Etats-Unis (une nouveauté) et par la forte expansion du marché automobile chinois, ont démarré la semaine fanfare (touchant respectivement 1 657 $ et 475 $ l'once). Puis ils se sont finalement repliés à partir de mercredi. Le rebond du dollar aidant.
| Cours à 3 mois | Vendredi 15/01/2010 | Vendredi 22/01/2010 | Variation / semaine |
| Aluminium* | 2 306 | 2 267 | -1,69% |
| Cuivre* | 7 430 | 7 375 | -0,74% |
| Plomb* | 2 435 | 2 295 | -5,75% |
| Nickel* | 18 600 | 18 800 | 1,08% |
| Etain | 18 100 | 17 775 | -1,80% |
| Zinc* | 2 470 | 2 444 | -1,05% |
| Acier (Méditerranéen) | 455 | 444 | -2,42% |
| Or (spot) | 1 128,70 | 1 092,00 | -3,25% |
| Argent (spot) | 18,41 | 17,07 | -7,28% |
| Platine (spot) | 1 596,50 | 1 541,80 | -3,43% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : la Chine peut-elle casser la tendance des métaux ?
Mêmes causes, mêmes conséquences.
Les métaux industriels sont inquiets de voir la Chine fermer le robinet du crédit. Et ce malgré son activité industrielle intense.
Le secteur de l'acier et du ciment sont déjà en surcapacité. Le crédit à ces secteurs est quasiment interdit !
La Chine, qui par sa seule demande sur 2009, a littéralement fait flamber le cours des métaux, continuera-t-elle d'importer autant de matières si son activité économique ralentit ?
Sur décembre, ses importations de métaux ont encore augmenté. Les importations de nickel et de cuivre s'affichent en hausse de 100% par rapport à décembre 2008. Les importations de plomb de 300%. Et celles d'aluminium de 900% !
Moi, je dis : "effet de base", attention.
Il y a comme une épée de Damoclès qui pèse sur les épaules des investisseurs...
Regardez donc du côté des stocks. Partout, ils s'inscrivent en hausse.
Et si la Chine n'est plus là pour lancer les commandes et doper les cours, qui donc prendra le relais ? Pas nos économies occidentales vieillissantes qui sont déjà gavées en termes d'infrastructures...
Prudence donc.
Dernier point : les marchés matières sont fortement corrélés aux marchés actions. Et toute hausse du dollar entraînera des débouclages de positions (carry trade) qui feront pression à la baisse tant sur les matières que sur les actions.
4. Soft commodities : cacao et sucre à des sommets historiques
Sur fond de bonnes récoltes, de rebond du dollar et d'interrogations sur la demande chinoise, blé, soja et maïs subissent des pressions à la baisse.
L'International Grains Council revoit ses anticipations de production mondiale de maïs en hausse de quatre millions de tonnes, à 791 Mt pour la saison 2009/2010. Elle revoit également à la hausse de trois millions de tonnes ses anticipations de stock de fin de saison, à 137 Mt -- stock qui reste toutefois inférieur de 11 Mt à celui de l'an dernier.
Livraison mars, le maïs cotait 3,64 $ le boisseau sur le CBOT.
Pour le blé, le Conseil international des céréales anticipe également une offre trop abondante. La production devrait atteindre un record cette année, à 674 Mt, alors que la demande est attendue à 642 Mt. Le stock mondial devrait croître de 32 Mt en fin de saison par rapport au stock d'ouverture. Le renflouement du stock va lever la pression sur le marché pendant quelques temps...
Livraison mars, le blé cotait vendredi 4,96 $ le boisseau et le soja 9,47 $, toujours sur le CBOT.
Ayant consacré un article entier au sucre la semaine dernière, je ne développe que très peu. Toutefois, je vous rappelle que le sucre a touché un nouveau record historique la semaine dernière, à 29,82 cents la livre à New York. 30 ans qu'on n'avait pas vu cela.
Même constat pour le cacao, qui atteint lui aussi des sommets jamais visités depuis 33 ans. Livraison mars, la tonne de cacao à Londres s'échangeait jusqu'à 2 356 livres.
La demande de cacao est importante et l'offre risque de ne pas être à la hauteur. En effet, les arrivages dans les ports ivoiriens (40% de la production mondiale) ralentissent dangereusement. La récolte se terminerait-elle déjà ? En avance ? Le déficit menace...
Aux fondamentaux du cacao franchement porteurs s'est comme toujours greffée la spéculation, qui accentue clairement la pression haussière.
Enfin, la faiblesse de la livre (devise de cotation) est elle aussi un facteur haussier.
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