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Acier : la Chine veut mener le jeu dans la fixation des prix
par Camille-Yihua Chen
Jeudi 16 avril 2009

L'événement était attendu depuis longtemps... Le 27 mars, le marché chinois de dérivés sur l'acier a rouvert ses portes à Shanghai, après 15 ans de fermeture -- motivé par les mouvements spéculatifs incontrôlables. Il s'agissait de lancer deux contrats à terme sur l'acier pour livraison en septembre.

Lancement réussi
A en croire la presse chinoise spécialisée, la première séance de cotation a été couronnée de succès, les deux contrats ayant clôturé sur des hausses respectives de 4,77% à 3 561 yuans (521 $)/tonne et de 6,22% à 3 398 yuans (497 $)/tonne.

L'un d'entre eux s'est même offert, en séance, une envolée proche de 10%, soit le maximum autorisé par la Commission chinoise de régulation des valeurs mobilières (l'équivalent de l'AMF).

Les investisseurs chinois joueraient-ils une hausse de l'acier dans les mois à venir ?

L'attentisme domine la tendance
Rien n'est moins sûr, car dans les jours qui ont suivi la première séance de cotation, un retournement de tendance est intervenu. Du 30 mars au 1er avril, par exemple, les volumes d'échanges sur les deux contrats ont sensiblement diminué, ce qui laisse à penser que pour le moment, c'est l'attentisme qui prévaut sur le marché chinois de l'acier.

Autre constat, guère plus réjouissant : le 2 avril, les deux contrats ont tous deux clôturé sur une baisse de plus de 1,5%, à respectivement 3 481 yuans (509 $)/tonne et 3 364 yuans (492 $)/tonne. En cause : l'annonce de la décision de Baosteel, premier sidérurgiste chinois, d'abaisser son prix de l'acier de 500 yuans (73 $)/tonne.

La situation se fait d'autant plus inquiétante qu'en Chine, le mois d'avril est traditionnellement une période de forte consommation d'acier.

La demande d'acier est à la peine
Il faut bien le reconnaître : la réouverture du marché chinois de dérivés sur l'acier est intervenue dans un contexte peu porteur pour la sidérurgie du pays.

Pour rappel, les principaux consommateurs finaux d'acier dans l'empire du Milieu sont le BTP, l'industrie mécanique et électronique, et les transports -- trois secteurs qui représentent respectivement 58%, 14% et 8% de la consommation totale.

Or pour deux d'entre eux, l'activité a fortement ralenti entre janvier et février 2009, avec un taux de progression de 1% pour l'immobilier et de 3,8% pour la production industrielle, contre respectivement 32,9% et 15,4% l'an dernier à la même période. Quant au troisième secteur, il a certes vu sa branche automobile progresser de 13,5%, mais cela s'explique essentiellement par un effet de rattrapage : entre janvier et févier 2008, les ventes d'automobiles s'étaient effondré l'an dernier suite aux plus fortes chutes de neige que la Chine n'ait jamais connues depuis un siècle. Le pays était alors paralysé.

En revanche, l'offre continue de progresser
Cependant, face à une demande qui, pour la première fois depuis 10 ans, enregistre un recul (-5,5%), l'offre continue quant à elle de progresser.

Selon les dernières statistiques, la production d'acier de la Chine est estimée entre 660 et 700 millions de tonnes en 2009, alors que pour la même période les besoins du pays n'excèderont pas 400 millions de tonnes.

Perspectives d'évolution plutôt sombres à court terme
Autant dire qu'à court terme les perspectives d'évolution du marché chinois de l'acier ne portent guère à l'optimisme. L'envolée enregistrée sur les deux contrats à terme le premier jour de leur cotation est certes encourageante, mais ce phénomène tient principalement au fait qu'en Chine la cotation de chaque nouveau produit attire généralement de nombreux spéculateurs.

Mener le jeu dans la fixation des prix de l'acier
Tout cela nous amène à poser la question suivante : qu'est-ce qui a motivé la Chine à lancer deux contrats de dérivés sur l'acier dans un environnement de marché aussi peu favorable ?

La réponse est simple : en rouvrant son marché de dérivés sur l'acier, l'empire du Milieu -- premier producteur et premier consommateur d'acier dans le monde -- espère mener rapidement le jeu dans la fixation des prix de l'acier mais aussi du minerai de fer. Ce qui n'est pas le cas actuellement...

 
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