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L'uranium va-t-il repartir à la hausse vitesse grand V ?
par Emmanuel Gentilhomme
Vendredi 10 avril 2009

Voilà un métal -- car c'en est un -- bien mal aimé : l'uranium. Après une envolée en 2007, il n'en finit par de chuter. En cause : un marché étroit et peu transparent associé à la demande spéculative. Or cette dernière est en train de se retourner. Quand le grand "U" va-t-il atteindre son prix plancher ?

D'un point de vue fondamental, l'uranium est attrayant
Actuellement, les mines en produisent environ 108 millions de livres (M lb) par an, alors que les réacteurs en consomment 170 M lb. Le reste de l'offre provient de déstockages post-guerre froide (armes nucléaires recyclées). Seulement voilà, ces stocks "tampons" s'amenuisent dangereusement.

Selon la World Nuclear Association, la demande devrait passer à 284 M lb en 2030, grâce aux nouveaux réacteurs. Pas étonnant, les centrales nucléaires se multiplient partout sur la planète.

"Prix" et "marché" de l'uranium
Vous m'objecterez que les prix de l'"U" ne reflètent guère cette perspective ! En effet, la livre (lb) d'uranium qui cotait moins de 10 $ en 2002, s'est envolée à 138 $ en 2007, et la voilà retombée vers 44 $. Que s'est-il passé ?

Graphique de l'évolution des prix de l'uranium à court et long terme

Avant tout, une précision d'importance : il n'existe pas de place de marché où l'offre et la demande d'uranium pourraient se rencontrer pour nous donner un cours comparable à celui de l'aluminium ou du zinc. Les ventes d'"U" se font de gré à gré. La grande majorité des transactions passe par des contrats de long terme plutôt confidentiels, entre mineurs et industriels.

Plus visible, le marché au comptant (spot) traite à peine 20% des volumes. "Marché", il faut le dire vite : deux sociétés -- Ux Consulting et TradeTech -- fournissent chacune un prix par semaine, sur la base des transactions constatées. Faute de mieux, voilà donc la référence...

La demande spéculative a déglingué le marché
Regardez ce graphique d'Ux Consulting. Depuis début 2007, vous constatez la dissociation puis l'inversion des prix de court et de long terme. Curieux désordre, non ?

En cause : les hedge funds. A partir de 2005, la demande d'investissement "buy and hold" ("j'achète, et j'attends que ça monte") a joué un rôle capital sur le marché de niche de l'uranium, sur son segment spot (comptant). Certains articles de presse avaient évoqué le phénomène, mais les chiffres manquaient. Le document suivant en donne la mesure. C'est assez visuel (en rouge, ma part des investisseurs dans les transactions d'uranium) !

Graphique de la paire EUR/JPY

Corrélation forte entre présence des hedge funds et du cours de l'uranium
Bon observateur du dossier, le journaliste Andrew Mickey rappelle qu'en 2006 et en 2007, la construction de positions spéculatives raflait la moindre livre d'uranium disponible. Il donne des chiffres sur SeekingAlpha : le fonds Adit Capital aurait accumulé entre cinq et six M lb de 2004 à 2006, et Citadel Invesment aurait contrôlé jusqu'à 2,3 M lb. Sans compter les positions soigneusement cachées de fonds plus importants encore. Plus transparents, deux quasi-ETF uranifères, Uranium Participation Corporation au Canada et Nufcor Uranium au Royaume-Uni, cumulent actuellement 7,15 M lb d'U3O8 et près de 2 000 tonnes d'UF6. Un record !

Mais la tendance s'est maintenant inversée ! Les fonds disparaissent...
Cependant, l'encours d'UPC et de Nufcor a cessé de progresser depuis plus d'un an. Tiens donc ! Selon Gene Stark, les investisseurs et les spéculateurs furent vendeurs nets d'uranium pour la première fois en 2008. "La présence des investisseurs est toujours déterminante, mais la crise financière a réduit leur capacité et leur intérêt à acheter", indique-t-il le 9 février dernier. La demande financière d'uranium n'a pas disparu, mais la tendance s'est inversée.

Voilà un éclairage intéressant. D'ailleurs, le prix spot de l'uranium a décroché à l'automne dernier, au moment où les fonds spéculatifs ont été contraints de déboucler massivement leurs positions. Manifestement, l'uranium en faisait partie.

Mais il leur en reste toujours. Selon une rumeur de marché, ce qui reste de Lehman Brothers se serait défait fin janvier-début février dernier de 450 000 livres d'U3O8 à un prix plancher de 46 $/lb. Impossible à confirmer.

Ironie de l'histoire : ses propres analystes voyaient, voilà 18 mois, l'uranium plafonner à 167 $/lb en 2009.

Quel prix pour l'uranium dans les mois qui viennent ?
Faisons le tour des prévisions de quelques spécialistes. Depuis le Cap, le 9 février 2009, le patron de TradeTech, Gene Stark, s'est essayé à quelques prévisions.

L'offre peine à progresser. Les grands mineurs comme Cameco ont toujours du mal à atteindre leurs objectifs, et les petits sont touchés de plein fouet par des prix de l'uranium et la crise du crédit. Stark a ainsi formulé deux scénarios de prix : en cas de retour concomitant de la demande des industriels de l'énergie et de celle des investisseurs, la livre d'uranium pourrait atteindre les 80 $ d'ici la fin de l'année. Dans le cas contraire, les prix varieront de 40 à 46 $/lb. Vous avez dit prévision de Normand ?

Pour la banque québécoise Desjardins Securities, l'analyste John Resdstone pariait début février sur un prix de l'uranium de l'ordre de 60 $/lb ces prochaines années.

Début mars, son collègue Bart Jaworski, du courtier américain Raymond James, se félicitait de la rumeur sur le stock occulte de Lehman. Il indique que d'autres investisseurs se profilent, mais qu'ils seront plus transparents : un quasi-ETF uranifère de plus, le DB-New York Nuclear Uranium Fund, est en cours d'enregistrement auprès de la SEC. Jaworski suggère à ses clients de jouer l'uranium directement, en évitant les mines. Il voit le métal atteindre les 80 $ en 2010.

Que penser de toutes ces prévisions ?
A long terme, le marché de l'uranium paraît toujours des plus haussiers. Reste l'inconnue des positions opaques détenues par des fonds d'investissements. Et elle est de taille ! D'ailleurs, la semaine du 2 mars, TradeTech rapportait que l'offre avait excédé la demande sur le marché spot pour la première fois de l'année 2009. Le grand "U" s'est sans doute rapproché de ses prix planchers, mais d'ici à dire qu'il les a déjà atteints...

 
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