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Chute du dollar et craintes inflationnistes dopent les matières premières
par Isabelle Mouilleseaux
Lundi 23 mars 2009
La semaine dernière, l'annonce par la Fed de racheter 300 milliards de dollars de bons du Trésor -- en vue de faire baisser les taux long terme -- et quelque 1 250 milliards de titres adossés à des crédits hypothécaires -- pour soutenir les ménages -- a fait bondir les marchés. La Réserve fédérale n'a pas peur d'afficher ses convictions : la planche à billets tourne à plein régime... C'est le prix à payer pour tenter de sortir de la crise.
En attendant, le bilan de la Fed -- habituellement de quelque 900 milliards de dollars -- pourrait venir flirter avec les 3 500/4 000 milliards. 25% du PIB annuel des Etats-Unis ! Pourvu que ça marche... si ces mesures devaient échouer, je ne vois pas bien ce que nous pourrions faire de plus.
Revenons aux marchés actions : comme je vous le disais vendredi, je vous recommande la prudence. Jouez le rebond et sortez du marché. Nous assistons à mon avis à un nouveau rebond dans un marché baissier, et non à un retournement comme beaucoup semblent le croire.
Le secteur bancaire a tiré le mouvement haussier, à tel point que Laurent Gosse s'interroge : le rebond spectaculaire (+50% en neuf jours) du secteur bancaire prend soudain une toute autre tournure. Ca sent la liquidation de portefeuille dans un marché gonflé artificiellement..., cette affaire-là !
Du côté des indicateurs, difficile d'y voir clair : l'indice ZEW allemand qui mesure la confiance des investisseurs est moins mauvais que prévu, tout comme celui du Michigan. Mais les capacités de production américaines continuent de tourner au ralenti (70%) et leur production industrielle reste dans le rouge en février.
Sur le front des devises, l'action de la Fed a fait chuter le dollar contre toutes les monnaies, le Dollar Index enfonce la zone d'overlap des 88. L'EUR/USD s'est envolé jusqu'à 1,3738 (+1 000 pips) et l'USD/JPY a dévissé jusque sous les 95 de (-400 pips) !
Le plongeon du dollar dope le baril, l'or, les matières premières et les devises matières (dollar australien et kiwi néo-zélandais).

Evolution de la parité EUR/USD depuis un mois
1. Energie : la résistance psychologique des 50 $ enfoncée
Jeudi matin, ayant déjà écrit un long article sur le brut, je ne vais pas trop m'attarder sur le sujet. Le seuil psychologique des 50 $ a été dépassé pour la première fois depuis novembre, en clôture hebdomadaire, ce qui renforce la solidité du mouvement.
Le plongeon du dollar et les craintes de reprise de l'inflation en sortie de crise, tout comme la bonne tenue des marchés boursiers ont aidé le brut à franchir le cap.
Actuellement, l'OPEP extrait 22,4 millions de barils par jour, un point bas depuis 2003. Et beaucoup pensent que la production de brut hors OPEP continuera de se replier. La production mexicaine devrait diminuer de 290 000 barils par jour (à 2,9 barils par jour) selon l'AIE. La production russe devrait également décliner de 1,1% à 9,7 millions de barils par jour, faute d'investissement dans l'industrie pétrolière et ses infrastructures vétustes.
Les perspectives ?
Le franchissement des 50 $ est un signal d'achat fort. Cela dit, du point de vue de la saisonnalité, le printemps est habituellement une période creuse en terme de demande.
"Concernant le pétrole, les prix se situent juste sous la résistance clé à 51,5/52 dollars sur le Brent", nous dit Nicolas Rémy dans Signal Matières & Devises, qui poursuit :
"Les signaux haussiers ont certes été validés sur les indices matières premières type CRB mais les indicateurs sur le pétrole s'essoufflent sur une base intraday rendant selon moi une entrée en position immédiate très délicate à gérer. C'est pourquoi j'ai choisi de m'abstenir pour l'heure... Par ailleurs, notons que le ratio pétrole/or, qui mesure la force relative de l'un par rapport à l'autre, se retourne à la hausse pour la première fois depuis l'éclatement de la crise, s'extirpant d'un canal baissier et validant des divergences sur les indicateurs journaliers. Même si aucune conclusion définitive ne peut être tirée de ce constat, il aurait également tendance à plaider en faveur d'une reprise plus poussée des prix pétrole".

Evolution du WTI depuis un mois en US $ le baril
Le baril WTI a terminé la semaine autour de 51,87 $ sur le NYMEX livraison mai. Le Brent à 50,84 $ sur l'ICE, même échéance. Au moment où je vous écris, le brut cote 52,71 $.
2. Métaux précieux : fort rebond suite au décrochage du dollar
L'or, qui s'était affaibli en début de semaine dernière, repassant même sous les 900 $, s'est soudainement ressaisi avec vigueur suite au décrochage du dollar.
Les risques d'inflation en sortie de crise ont fait le reste...
La Fed ne le cache plus : la planche à billets tourne à plein régime, c'est le prix à payer pour tenter de sortir de la crise. Voilà qui dope les métaux précieux. Et comme le dollar et le franc suisse ont été volontairement dépréciés par leur banque centrale respective, l'or reste le seul "refuge" encore disponible... Voilà un atout de taille.
La demande d'investissement pour l'or reste très forte. Le plus gros fonds or américain (l'ETF SPDR) a encore annoncé une hausse de ses stocks d'or -- qui garantissent les avoirs de ses clients -- de 19 tonnes, soit un stock total de 1 103 tonnes d'or.
L'once terminait la semaine à 955 $ livraison avril sur le NYMEX.
Argent et platinoïdes ont suivi l'or.
| Cours à 3 mois |
Vendredi 13/03/2009 |
Vendredi 20/03/2009 |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 1 347 | 1 459 | 8,31% |
| Cuivre* | 3 670 | 3 955 | 7,77% |
| Plomb* | 1 249 | 1 345 | 7,69% |
| Nickel* | 9 600 | 9 975 | 3,91% |
| Etain | 10 500 | 10 100 | -3,81% |
| Zinc* | 1 223 | 1 260 | 3,03% |
| Acier (Méditerranéen) | 280 | 290 | 3,57% |
| Or (spot) | 928 | 954,30 | 2,83% |
| Argent (spot) | 13,18 | 13,80 | 4,70% |
| Platine (spot) | 1 058,50 | 1 115,50 | 5,38% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : merci la Fed !
Très beau rebond des métaux industriels cette semaine, notamment du cuivre, de l'aluminium et du plomb. Ils ont eux aussi été tirés par le rebond des marchés et la bonne humeur des investisseurs. Le repli du dollar et la résurgence des craintes inflationnistes à terme ont dopé les cours de nos métaux.
La Fed a rassuré les investisseurs matières : elle ne laissera pas la déflation s'installer et fera tout pour relancer la croissance...
Autre fort facteur de soutien : les achats de matières premières des Chinois. La province du Shangsi a annoncé avoir acheté 77 000 tonnes de zinc et de plomb. Le bureau des réserves chinois a déjà acheté 159 000 tonnes de zinc depuis le début de l'année.
Reste à savoir si cette demande chinoise correspond à un besoin réel de l'économie -- qui consomme effectivement les métaux achetés. Ou s'il ne s'agit que d'une reconstitution de stocks stratégiques par les pouvoirs publics, ce qui est très différent.
Autres points clés à suivre de près sur les prochaines semaines :
- la demande américaine : se stabilise-t-elle enfin ? ;
- les stocks : cessent-ils enfin de gonfler ? Le mois dernier encore, ils gonflaient de 10% sur le LME. Il me semble que l'offre doit encore diminuer pour briser ce mouvement haussier et absorber ce trop-plein de stock.
Le cuivre, métal phare du complexe, est repassé au-dessus des 4 000 $ la tonne sur le LME, jusqu'à 4 072 $, un plus haut de quatre mois.
Si la consommation de cuivre aux Etats-Unis continue de décliner pour l'instant encore, les derniers chiffres en provenance de l'immobilier américain sont encourageants. Attendons d'en avoir la confirmation.
Autre facteur décisif qu'il m'est impossible de trancher : la demande chinoise de cuivre ces dernières semaines est-elle effectivement consommée ? S'agit-il d'une simple reconstitution de stock stratégique ? Difficile à dire...

Evolution du cuivre sur le LME en US $ la tonne depuis trois mois
Très belle semaine pour le plomb qui est revenu jusqu'à 1 370 $ la tonne sur le LME toujours, un plus haut depuis la mi-novembre.
Même constat pour l'aluminium, pourtant écrasé sous des tonnes de stocks : il est revenu jusqu'à 1 490 $ la tonne, un plus haut de six semaines.
Et c'est justement parce qu'il croule sous les stocks que je me méfie de la pérennité de sa hausse.
4. Soft commodities : tout va bien pour les grains
Les grains ont suivi le mouvement haussier généralisé, dopés par la chute du dollar.
Le repli du dollar a fait repasser momentanément le maïs au-dessus des 4 $ le boisseau sur le CBOT à Chicago.
Va-t-on réussir à se maintenir au-dessus de cette résistance majeure ? Pas sûr... il manque des facteurs positifs de soutien en provenance du marché du maïs pour cela.
Livraison mai, le maïs terminait la semaine autour des 3,95 $ le boisseau, sur le CBOT.
Côté blé, le tableau est flou.
J'estime que le fort repli du dollar devrait doper les exportations américaines dans les jours à venir. Ce qui soutiendra les prix.
Les Grandes Plaines du sud des Etats-Unis (Kansas, Oklahoma et Texas) sont actuellement noyées par les pluies. Le risque est grand de voir la Red River (au nord du Dakota) sortir de son lit et provoquer des inondations. Voilà qui pourrait retarder, voire rendre impossible, les semis dans la région. Ce qui fait peser un risque sur la récolte future avant même qu'elle ne soit en terre.
Enfin, les tensions vives en Argentine entre gouvernement et agriculteurs restent de mise et pourraient toujours venir perturber les exportations à venir.
Vendredi, livraison mai, le blé cotait 5,52 $ le boisseau sur le CBOT.
Pour le soja, c'est clair. La tendance reste haussière. Les fondamentaux sont positifs.
La sécheresse en Amérique du Sud a fait revoir à la baisse les prévisions de récoltes de l'USDA de 7% en Argentine et au Brésil. Elle revoit aussi ses prévisions de stocks de fin de saison de 210 à 185 millions de boisseaux.
Livraison mai, le soja cotait 9,51 $ le boisseau sur le CBOT.
Enfin, sachez que les cours du sucre, du café et du cacao ont également bondi cette semaine, à l'unisson des marchés matières.
Concernant le cacao, il revient à 1 921 livres sterling la tonne sur le LIFFE à Londres, livraison mai.
Sur le NYBOT, la livre de sucre livraison en mai revenait à 13,532 cents.
Ce matin, Nicolas Rémy écrivait à dans Signal Matières & Devises : "la tendance haussière de court terme se poursuit et ne montre pas de signes d'essoufflement. ... Je vise une poursuite du mouvement vers le précédent point haut".
Enfin, l'arabica livraison en mai revenait à 116,55 cents la livre, sur le NYBOT américain.
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