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Qu'est-ce qui fait courir le café ?
par Isabelle Mouilleseaux
Jeudi 15 janvier 2009

Qu'est-ce qui fait courir le café ?
Le cours du café arabica coté aux Etats-Unis sur le NYBOT est en train de dessiner un beau rebond depuis début décembre. A cette date, son cours touchait un point bas à 102 cents la livre. La semaine dernière, le cours revenait jusqu'à 118,75 cents, soit une hausse de plus de 15% en un mois.

Cours de l'arabica sur le NYBOT en cents la livre

Cours de l'arabica sur le NYBOT en cents la livre

Même constat à Londres où est coté le robusta, en dollars la tonne cette fois. La semaine dernière, son cours est passé de 1 604 $ fin octobre à 2 030, soit un gain de plus de 25%.

Cours du robusta en $ la tonne à Londres

Cours du robusta en $ la tonne à Londres

Un marché très concentré
Le café reste une matière première concentrée. Trois pays représentent à eux seuls 50% de la production mondiale : le Brésil, le Vietnam et la Colombie. Les neuf premiers producteurs produisent 80% du café, ce qui représentait 117 millions de sacs en 2007, selon l'ICO.

Quant à la demande mondiale, elle augmente lentement, mais sûrement. Y compris dans les BRIC. Une progression qui atteint annuellement 2%, et qui représentait dernièrement quelque 128 millions de sacs par an.

Les caprices de Dame Météo font plier la tendance
Contrairement à la demande, la production de café est très variable. Les récoltes sont véritablement en dents de scies, avec des extrêmes allant de 105 à 127 millions sur les six dernières années. Pourquoi ?

Pour la bonne raison que la production est sujette aux aléas climatiques, imprévisibles. Les gelées peuvent, par exemple, dévaster le Brésil -- les dernières gelées importantes remontent à 1994 et 1995. Les caféiers sont également sensibles à la sécheresse. El Nina et el Nino doivent donc être surveillés de près en Amérique latine.

Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Le Brésil a annoncé une production en hausse et ses exportations ont atteint en 2008 un record, à 29,4 millions de sacs (60 kg), soit quelques 4,7 milliards de dollars. Voilà peut-être pourquoi le stock s'inscrit récemment à la hausse.

Mais là où ça devient intéressant, c'est pour l'année 2009...

Le gouvernement brésilien prévoit un recul de la production de café du numéro 1 mondial de 20% en 2009. Ce qui limitera ses exportations à 25,1 millions de sacs de 60 kg.

Pourquoi un tel repli attendu de la production brésilienne ?
La faute au manque de financements ! Ce qui limitera le recours aux engrais et aux pesticides, fort onéreux. Et qui pourrait laisser le champ libre à l'ochratoxine, un champignon destructeur pour la fève de café. Outre la quantité, la qualité pourrait donc se déprécier également en 2009.

Voilà en tout cas un exemple très concret de l'impact de la crise du crédit sur le cours des matières... Et le mal dont souffre le Brésil pourrait tout aussi bien toucher les autres grands pays producteurs comme le Vietnam ou la Colombie.

Les incertitudes sur la récolte à venir dopent les cours
La hausse des cours est donc liée aux incertitudes qui planent sur la récolte de 2009.

Autre inquiétude des investisseurs : au Vietnam, la météo très pluvieuse risque de diminuer un peu plus encore les rendements des pieds de café. Je vous rappelle que ce pays est le second exportateur mondial après le Brésil.

Autre pays producteur qui voit sa production décliner : la Colombie, quatrième producteur mondial de café. La qualité de ses fèves est très appréciée, surtout que la Colombie produit des volumes importants et réguliers. Ce qui n'est pas le cas des autres producteurs.

La production ivoirienne s'inscrit dans une tendance de fond baissière. La production s'élevait à 80 000 tonnes seulement au cours de la campagne 2007/2008, contre 380 000 tonnes huit ans plus tôt.

D'autres facteurs soutiennent ponctuellement les cours, mais attention...
Autre facteur de soutien, notamment courant décembre, l'affaiblissement du dollar. Rien de mieux pour doper les exportations de café des pays producteurs qu'une baisse du dollar – car le café est libellé en dollars. Cela dope les achats de café de la part des pays importateurs qui profitent de l'aubaine.

Mais attention, ces derniers jours, la tendance s'inverse... et ce facteur de soutien s'évapore.

Autre élément qui peut expliquer le rebond récent du café : les investisseurs ont repris le goût du risque ces dernières semaines. Revenant sur les actions et les matières qui ont alors affiché de belles performances.

Mais là encore, attention : il ne fait aucun doute que le proviseur vient de siffler la fin de la récréation ! Les marchés se remettent à tanguer sérieusement depuis le début de la semaine.

Que nous dit le graphique (NYBOT) ?
Première chose qui frappe : les cours du café ont retracé 100% de la hausse des cours intervenue entre avril 2007 (point bas à 108 cents) et l'été dernier (point haut à 171 cents).

Nous avons donc récemment atteint un cours plancher qui devrait résister si le marché de l'arabica venait à repartir à nouveau à la baisse, notamment en enfonçant le support des 110 cents.

Depuis septembre, les cours étaient coiffés par la moyenne mobile à 50 jours qui vient (enfin !) d'être franchie à la hausse pour la première fois la semaine dernière, ce qui est bon signe. Le RSI nous indique qu'il reste de la marge pour poursuivre la hausse, cependant nous ne sommes pas encore dans la zone de surachat.

La zone des 120 cents sera difficile à franchir
Reste que la zone des 120 cents va opposer une résistance sévère. Celle-ci rencontre à ce stade la moyenne mobile à 100 jours.

Si on devait franchir cette zone franchement, on pourrait alors viser les 128 cents (retracement de Fibonacci de 38,2%).

Tout d'abord, il faudra s'affranchir de l'humeur franchement baissière qui agite les marchés actions depuis quelques jours. La partie est donc loin d'être gagnée...

Mais pour l'instant, le café oppose une belle résistance. Hier, alors que le Dow clôturait en baisse de près de 3% et le CAC de 4,58%, le cours du café arabica restait de marbre sur le NYBOT.

Cours du café sur le NYBOT

 
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