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Le marché du sucre est-il porteur ? (I)
par Isabelle Mouilleseaux
Mardi 09 décembre 2008
Puisque, depuis quelques jours, Sylvain Mathon nous livre une étude approfondie sur le marché du sucre j'en profite pour vous donner mon sentiment sur ce marché et ses perspectives.
[NDLR : Retrouvez les analyses et recommandations détaillées de Sylvain chaque mois dans Matières à Profits, une lettre d'investissement boursière réservée destinée à l'investisseur particulier -- orientée à 200% sur les opportunités de plus-values du secteur des matières premières : pour en savoir plus...]
Le marché devrait devenir déficitaire
Je vous le dis d'entrée de jeu : on s'attend l'année prochaine à un déficit sur le marché du sucre, ce qui n'était pas arrivé depuis 2006.
Avant, on constatait des défaillances côté offre, qui, couplée avec la montée en puissance de la production d'éthanol, avaient dopé les prix du sucre. A tel point que l'Inde et le Brésil, les deux plus gros producteurs mondiaux, ont finalement décidé d'accroître leur production, ce qui a conduit a une chute des cours du sucre après 2006.
Aujourd'hui, l'Organisation internationale du sucre (ISO) annonce pour 2009 une offre en repli et une demande en hausse, ainsi qu'un déficit.
Principale cause de ce déficit ? La hausse de la demande indienne et chinoise, ainsi que des baisses de production.
Ce que disent les chiffres
L'ISO s'attend pour 2009 à une hausse de la consommation de 2,3% à 165,5 millions de tonnes.
Et la récession ? me direz-vous... Je ne pense pas qu'elle ait un réel impact sur la demande de sucre, bien au contraire. D'abord parce que la demande est assez inélastique au prix. Nous parlons ici d'alimentation de base, et l'homme ne peut pas s'arrêter de s'alimenter. Ensuite, lorsque l'environnement économique global se détériore, le sucre permet de se "faire plaisir" à moindre coût. Une sorte d'opium du peuple en quelque sorte...
Face à cette consommation en hausse, la production est attendue en repli de 4,4%. Ce qui donne une production de 161,9 millions de tonnes.
Le déficit s'élèverait donc à 3,6 millions de tonnes.
Entrons dans le détail...
En Inde, la production baisse : l'autosuffisante n'est plus assurée
En Inde, second plus gros producteur mondial de sucre, la production actuelle de sucre est en fort repli. Tout simplement parce que les fermiers consacrent une part de plus en plus importante de leurs terres à la plantation de blé au détriment du sucre. En effet, le blé est plus rentable pour eux.
D'où une chute anticipée de la production indienne de sucre de 16%, à 23,9 millions de tonnes !
Ajoutez à cela des pluies diluviennes sur les principales régions sucrières du Maharashtra et de l'Uttar Pradesh qui vont peser sur les rendements des récoltes de sucre, et le tableau s'assombrit un peu plus encore... Sur ces régions, le repli de la production devrait atteindre 25% !
L'Inde va devoir s'approvisionner sur les marchés internationaux
Voilà pourquoi, et pour la première fois depuis longtemps, l'Inde a annoncé qu'elle d'importerait du sucre. N'étant plus autosuffisante, elle va venir s'approvisionner sur les marchés internationaux, ce qui est un facteur de fond haussier pour les cours.
Sucre brésilien : toujours soutenu par l'éthanol
Au Brésil, la croissance annuelle de la production sucrière est absorbée par l'industrie de l'éthanol. Le plus gros exportateur mondial de sucre consomme une part de plus en plus importante de sa production pour ses besoins propres.
57% de la production sucrière du pays est transformée en éthanol, soit une hausse de 54% par rapport à l'an passé !
Je vous rappelle que l'éthanol est déjà mélangé depuis longtemps, à hauteur de 20%, avec l'essence dans le réservoir des automobiles, et que de plus en plus de véhicules roulent au 100% éthanol. Les Brésiliens sont très en avance sur nous de ce point de vue là.
Reste à savoir si la chute continue du brut, jusque sous les 40 $ le baril, peut remettre en question cet équilibre.
En attendant, l'industrie sucrière brésilienne vient d'annoncer que sa production s'est réduite de 24% en octobre comparé à octobre 2007.
Partout sur la planète, les nuages s'accumulent
Aux Etats-Unis, les agriculteurs ont réduit de 10% la part de leurs terres consacrées à la plantation de betteraves à sucre, car moins rentables, de 1,2 million d'acres à 1,08 million.
En Australie, troisième exportateur mondial de sucre, la récolte de cette année sera moins bonne, la saison ayant été trop pluvieuse.
Même le Pakistan ne devrait cette année ne produire que 3,7 millions de tonnes de sucre au lieu de 4,7 millions l'an passé.
Enfin, le repli de la production européenne est attendu à 20%.
Un stock attendu en repli
Demande en hausse, production en repli et production éthanol qui se maintient : forcément, le stock est impacté. Il faut dire qu'on a accumulé des stocks ces dernières années, jusqu'à 69 millions de tonnes.
L'ISO s'attend à voir le stock de sucre se réduire de 5,8%, à 65 millions de tonnes d'ici fin septembre 2009. Ce qui ramènerait le stock à 4,7 mois de consommation.
Je vous dirai demain quel impact cette situation fondamentale peut avoir sur les cours du sucre.
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