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Le sucre, l'obsession de régulation, et l'OMC
par Sylvain Mathon
Jeudi 04 décembre 2008

En retraçant l'histoire du sucre hier, vous avez pu vous rendre compte à quel point le sucre est une matière première politique. Ce qui explique cette obsession de régulation du marché du sucre. Encore aujourd'hui, cet atavisme influe fortement le marché, et le prix du sucre.

A commencer par la politique agricole assistée de l'Union européenne.

Notre politique sucrière s'est appuyée sur trois piliers :
- un système de quotas qu'on a laissé complaisamment filer ;
- des prix garantis, pour le plus grand plaisir des cultivateurs de betterave de France et d'Allemagne ;
- et des barrières douanières prohibitives (plus de 100% !), sauf pour les pays "amis" de la zone ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) à laquelle appartient l'île Maurice : souvent d'anciennes colonies, bénéficiant de conditions privilégiées en vertu des accords de Lomé.

Quand je vous parlais "d'obsession de régulation"... !

Dans les décennies suivantes, le "rouleau compresseur brésilien" s'est mis en place
Face aux coûts de production des grandes exploitations brésiliennes, les petits producteurs des îles n'avaient aucune chance : seuls leurs accords privilégiés avec l'Europe ont permis la survie de leur activité.

Parallèlement, les betteraviers, largement subventionnés par l'Union européenne, ne chômaient pas ; on a même vu des exploitations se créer dans des pays comme le Portugal, avec une rentabilité que je vous laisse deviner -- mais Bruxelles était là pour compenser...

Du point de vue de l'autosuffisance, le succès a été total
Vingt ans plus tard, les classes supérieures européennes en pinçaient pour les édulcorants -- mais l'UE, le premier importateur mondial, était devenue un des premiers exportateurs, avec des excédents allant jusqu'à 25% au début des années 2000. Bien entendu, le marché mondial restait tenu par le Brésil aux coûts de production bien inférieurs, si bien que Bruxelles remettait la main à la poche pour compenser les prix de vente !

Deux milliards d'euros de subventions par an !
Bref, nous nous sommes retrouvés à subventionner à la fois nos importations et nos exportations de sucre, pour pas loin de deux milliards d'euros annuels. Je vous l'accorde, c'est toujours moins cher que de soutenir une banque... Mais tout de même, la situation ne manquait pas... de sel.

L'OMC frappe alors du poing sur la table
C'est dans cette pétaudière que l'OMC a déboulé vers le milieu des années 2000, pour sommer Bruxelles de mettre un peu de justice dans sa politique agricole.

Les débats qui ont suivi sont exemplaires des questions que peut soulever la mondialisation -- et pas seulement en matière agricole, car on retrouve des problématiques voisines en pharmacie, avec le marché des génériques.

L'OMC a bataillé ferme
Invoquant les petits agriculteurs affamés du Sud contre les "profiteurs" du Nord, bien à l'abri derrière leurs barrières douanières.

Seulement, le capitalisme ne s'arrête pas aux Tropiques. Chez les "petits" aussi, la consolidation sectorielle fait rage... Et le géant brésilien avait déjà mis à genoux, sur le marché libre, nombre de pays producteurs, moins bien organisés que lui.

L'OMC avait raison sur le fond
Le Brésil grondait le plus fort, sans doute, mais l'OMC avait raison sur le fond. Dans une économie mondialisée, les chances doivent être égales pour tous...

Le protectionnisme de l'Union européenne déséquilibrait sérieusement le marché mondial du sucre, au détriment des grandes exploitations brésiliennes mais aussi de petits producteurs qui se battaient pour survivre.

Ce "dumping aveugle", qui a soutenu tout autant mon interlocuteur mauricien que les gros betteraviers de la Marne, n'était guère justifiable en termes logiques, économiques ou éthiques.

L'Europe a donc été condamnée par l'OMC
Elle est tenue d'abandonner son système de soutien à ses producteurs continentaux -- mais aussi, par ricochet, aux 19 pays de l'ACP. Cet effet de bord aura été âprement discuté dans la mesure où ces subventions indirectes s'apparentent, pour certains économistes, à une aide au développement très efficace.

Quoi qu'il en soit, un programme de gel progressif des subventions a commencé. Il devrait se poursuivre jusqu'en 2015, date à laquelle le marché sera théoriquement dérégulé.

Théoriquement, s'entend, car dans le contexte actuel, nos gouvernants risquent fort de se faire tirer l'oreille. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire dans Matières à Profits, je pense que dans un paysage de récession, les tenants de la dérégulation trouveront, d'un seul coup, beaucoup moins de soutien.

On estime que l'abandon du système européen engendrerait pour l'île Maurice -- qui exporte sur le Vieux Continent 14 fois plus de sucre que le Brésil, pourtant moins cher -- une perte de revenus de 115 millions d'euros par an...

Quel avenir pour le sucre ? Quels sont les fondamentaux et les perspectives du marché ? Comment évolue son prix ? Est-ce le moment d'y investir ? Je reviendrai sur toutes ces questions dans un prochain Edito.

[NDLR : Pour en savoir plus sur le marché du sucre et détenir les valeurs les plus profitables à long terme, demandez directement conseil à Sylvain Mathon. Il vous dévoilera la valeur qui pourrait bien vous apporter des gains à deux chiffres si vous agissez à temps ! En plus : Sylvain vous dévoilera une stratégie inédite pour profiter du plus grand boom du XXIème siècle : pour en savoir plus, suivez le guide...]

 
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