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Le brut vient d'entrer sur mon écran radar...
par Isabelle Mouilleseaux
Jeudi 20 novembre 2008
Dans mon dernier Edito, je vous disais qu'il était important de suivre les marchés, de rester en veille permanente. Ce n'est pas parce qu'il est encore trop tôt pour prendre position qu'il faut décrocher des marchés. Au contraire. Soyez aux aguets, détectez les opportunités pour être prêt quand sera venu le moment de réinvestir.
Prenons le brut par exemple. Je pense que son cours n'est probablement plus très loin de son point bas. D'où mon intention de le mettre dans ma short list des opportunités à suivre de très près dans les prochaines semaines.
Voici pourquoi...
Les 2/3 de sa valeur viennent de partir en fumée
Le cours du baril de pétrole s'est effondré ! Il est passé de 147 $ à 53 $ et a ainsi perdu les 2/3 de sa valeur en quatre mois ! Une chute vertigineuse. A ce stade, même si le cours peut encore perdre quelques dollars le baril, le potentiel de baisse devient limité. Plusieurs raisons à cela.
Les coûts de production du baril sont en hausse constante
Chaque année, les coûts d'extraction du pétrole s'inscrivent à la hausse. Pas de pause ni de correction pour les coûts de production donc. Pourquoi ? Parce que les réserves anciennes découvertes il y a 50 ans, faciles d'accès et extraites à moindre coût, s'épuisent.
Certes, on découvre de nouvelles réserves. Mais ces dernières sont plus difficiles d'accès : il faut creuser plus en profondeur, sous les mers ou la glace et avec des technologies plus onéreuses... De plus, ce pétrole est en général plus difficile à acheminer vers les zones de consommation car plus éloigné. Voilà pourquoi le coût de production/livraison d'un baril est de plus en plus cher.
Conséquence : les producteurs deviennent ainsi de plus en plus sensibles aux baisses des cours du baril.
Avec la baisse du cours du baril, de nombreux producteurs ne sont plus rentables
Prenons quelques exemples. Le baril issu des sables bitumineux du Canada coûte entre 70 $ et 90 $ à extraire. Au cours actuel, ces gisements ne sont plus rentables.
La plupart des champs pétroliers récemment ouverts ont nécessité des investissements colossaux et affichent des coûts de production au baril de l'ordre de 50 $. Or le prix du brut se rapproche dangereusement de ce seuil fatidique de rentabilité.
Voilà pourquoi je pense que le baril, s'il devait plonger sous les 50 $, ne restera probablement pas longtemps sous ces niveaux. Question de rentabilité.
Les champs moyen-orientaux restent compétitifs
Vous me direz qu'il reste encore pas mal de champs anciens en activité, notamment au Moyen-Orient, qui affichent des coûts de production de 30-35 $ le baril. Certes. Et c'est pour cela qu'il n'est pas improbable que nous assistions, en cas de panique, à une baisse ponctuelle du cours du brut jusque vers les 40 $. Mais à ce stade, les dégâts collatéraux seront nombreux.
Les dégâts collatéraux, notamment sociaux, vont aller croissant
Les états producteurs de pétrole équilibrent leur budget avec les exportations d'or noir. L'Iran et la Russie ont construit leur budget sur une estimation de 90 $ le baril. Le Venezuela : 80 $. L'Irak table sur un baril à 110 $ pour reconstruire son industrie pétrolière (il y a là urgence !) et l'Algérie sur un baril de 56 $ pour mener à bien son grand programme d'investissement dans les infrastructures. Même en Arabie Saoudite, l'équilibre budgétaire n'est atteint qu'avec un baril à 49 $. Tous ces pays, surtout la Russie, risquent aujourd'hui d'être rapidement confrontés à d'importants mouvements sociaux.
Voilà aussi pourquoi, au sommet d'Oran, l'OPEP cherchera à réduire ses quotas de production une nouvelle fois, quelques jours seulement après la réunion exceptionnelle programmée fin novembre pour discuter de la gravité de la situation. L'objectif est clair : enrayer la spirale baissière.
Les Russes assurent leurs arrières, au grand dam des Européens
Le budget russe n'atteint l'équilibre pour 2009-2011 qu'avec un baril à 90 $ en moyenne. Voilà pourquoi les Russes se tournent vers les Chinois pour écouler leur production d'or noir. Et pas à n'importe quel prix. Les Chinois sont prêts à payer le baril 80 $ pour s'assurer des livraisons d'or noir à long terme !
Méditez donc l'exemple chinois...
Qu'est-ce que cela veut dire ? Que les Chinois savent très bien que le brut ne restera pas longtemps aux cours actuels puisqu'ils sont prêts à le surpayer de 30 $ le baril pour l'instant.
Et c'est aussi signe qu'ils tablent sur un brut bien au-delà de 80 $ dans les années à venir, sans quoi ils ne signeraient pas de tels contrats. En clair et sans décodeur : ils savent que le cours du brut repassera au-dessus des 80 $ et sont prêts à le surpayer pour l'instant pour rafler les marchés et assurer leur avenir. A méditer...
Anticipez si vous voulez gagner
Sortez du scénario à court terme de destruction de valeur. Le recul de la demande de pétrole (ou plutôt la décélération de la hausse de la demande, ce qui est très différent), pour cause de ralentissement économique, est "surjoué" à la baisse par les marchés.
D'ailleurs, les positions nettes vendeuses (spéculatives) sur le brut ne cessent d'augmenter depuis un mois (en bleu clair ci-dessous). Alors même que sur la même période, les acteurs de l'industrie pétrolière augmentent leurs positions longues (en violet)... Si ce n'est pas un signal ça !!!
Retenez ceci : Il faut acheter lorsque les positions spéculatives nettes short sont importantes et atteignent un point haut. Et lorsque les acteurs de l'industrie (commercials) ont des positions nettes longues qui augmentent. Or, c'est la configuration dans laquelle nous sommes.

L'AIE persiste et signe, et rejoint la Chine sur le fond
L'Agence internationale pour l'énergie fait comme la Chine : elle adopte une vision de long terme. Voilà pourquoi elle prévoit dès 2010 un retour du cours du pétrole à 100 $, et 200 $ à l'horizon 2030. Le tout en retraitant l'impact de l'inflation !
Comme la Chine, l'AIE sait que l'offre est à la peine. La production des gisements actuels baisse de 9% par an. Une tendance de fond étant donné l'épuisement des réserves.
Ils savent aussi que les gisements futurs ne seront rentables qu'à des prix bien plus élevés que les 50 $ actuels.
Ils savent enfin que la demande de brut va fortement augmenter avec le développement des émergents, Chine et Inde en tête. Cette tendance de fond réémergera une fois la crise passée. Comprenez : la baisse actuelle de la demande est un accident conjoncturel dans un grand trend haussier !
Cerise sur le gâteau : les investissements au point mort !
Des investissements gigantesques dans les infrastructures pétrolières et la recherche de nouveaux gisements sont actuellement reportés pour cause de crise et de difficultés de financement. Or il faudrait investir entre 300 et 400 milliards tous les ans pour assurer une production suffisante pour les prochaines années. En n'investissant pas aujourd'hui, nous aggravons notre situation à venir et la tension sur les prix d'ici quelques années.
Vous l'aurez compris, à presque 50 $ le baril, le pétrole est sur le point de devenir une opportunité évidente pour celui qui investit avec un horizon moyen-long terme. Certes le cours peut encore baisser, peut-être jusque vers les 40 $. Mais à ce stade, il ne devrait plus y avoir bien loin à aller... Alors surveillez-le attentivement pour être prêt à le mettre en portefeuille le moment venu !
Autre approche possible
Les investisseurs plus actifs, qui font des allers-retours sur les marchés actuellement, retiendront l'approche de Sylvain Mathon : "Le support et objectif des 56-50$, qui me semblait si éloigné le mois dernier lors du déclenchement d'une ample tête-épaules, a été touché plus rapidement que je ne pouvais l'imaginer.
L'approche de l'hiver me paraît le moment propice pour se repositionner sur le pétrole. Nous ne tenterons pas de nous placer à long terme pour l'instant encore... Non, la hausse que je vous propose de jouer s'appuie essentiellement sur des conditions de rebond techniques... car je m'attends à une réaction haussière"
Enfin, pour ceux qui sont férus de mathématiques financières, Laurent Gosse tire lui aussi des conclusions plutôt haussières sur le Rici Energy. Maths à l'appui !
[NDLR : Découvrez sans plus attendre les analyses de Sylvain Mathon et profitez de ses recommandations détaillées pour investir immédiatement sur le pétrole ! A la clef : des plus-values à deux voire trois chiffres si vous agissez dans les plus brefs délais... il suffit pour cela de suivre le guide.]
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