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L'or et l'or noir à contre-courant des fondamentaux
par Philippe Béchade
Mardi 04 novembre 2008

Les visiteurs qui sont venus nous voir sur le stand MoneyWeek au Forum de l'investissement ont été assez nombreux à nous questionner au sujet du paradoxe suivant : une Amérique en panne de croissance et dont le système bancaire est au bord du dépôt de bilan mais qui voit sa devise grimper de 21% contre l'euro depuis que les "ennuis sérieux" ont commencé à semer la panique de Wall Street et jusqu'à Washington. Illogique ?

Certes, la valeur d'une devise, c'est tout relatif...
Mais il faut vraiment être d'un chauvinisme exacerbé pour expliquer -- comme le font certains cambistes américains -- que le billet vert grimpe parce que, comme l'affirme sans relâche le président Bush, "les Etats-Unis demeurent le meilleur endroit au monde pour investir".

C'est peut-être vrai dans l'absolu si le marché du crédit renaît un jour de ses cendres...

Soyons lucides
Pour l'heure, les indices boursiers ont chuté en moyenne de 20% depuis le début de l'été, de 35% depuis le 1er janvier... et les émissions obligataires du secteur privé se sont effondrées à cause des tensions historiques sur les taux interbancaires.

Il n'y avait que des mauvais coups à prendre sur les marchés américains.

La remontée du dollar s'explique par d'autres facteurs, et ils n'ont pas grand chose à voir avec une évaluation objective des potentialités économiques réelles de l'Amérique.

Où sont les alternatives ?
Car pour lutter contre la planche à billets et son corollaire, l'inflation, ainsi que contre des torrents d'incertitudes économiques... quel meilleur refuge que des actifs échappant à l'érosion de la monnaie fiduciaire ?

Et c'est là que nous voulions en venir. La rechute du pétrole (de 57% en trois mois !) et la remontée symétrique du billet vert ont fait une victime collatérale depuis la mi-juillet. Vous l'avez deviné, il s'agit du métal précieux.

L'or, victime collatérale
L'once d'or, qui culminait le 17 mars 2008 dernier un peu au-dessus de la barre symbolique des 1 000 $, vient de pulvériser le support ascendant majeur des 775 $. Ce support correspond également à la moyenne mobile longue à 100 semaines.

La dernière poussée haussière jusque vers 915 $ a eu lieu du 9 octobre. En réalité, elle présentait un caractère accidentel. L'abaissement coordonné de 50 points des taux directeurs au sein du G7, annoncé le 8 octobre, avait dopé le métal précieux. Pourquoi ? A cause de la baisse de rémunération des placements obligataires (le rendement des bons du Trésor... voilà l'ennemi éternel de l'or) et pas qu'un peu.

Le doute s'installe...
Mais très rapidement, l'once s'est mise à rechuter en même temps que le baril de pétrole, la tonne de cuivre ou d'aluminium, le boisseau de blé, le tourteau de soja, etc.

L'or a alors reperdu jusqu'à 10% en une seule séance le 10 octobre alors que le Dow Jones reprenait +770 pts en quelques heures. Ce genre de "trou d'air", outre le fait qu'il soit d'une ampleur exceptionnelle, ne survient jamais dans une tendance haussière.

L'or ne réagit plus
Il ressort clairement des dernières évolutions du métal précieux depuis la mi-octobre que ni le rebond du pétrole, ni une brusque dégradation de la tendance boursière ne lui ont permis de refaire surface, sauf lors de quelques brèves incursions au-dessus des 800 $.

"Triple sommet déclinant"
Plus globalement, l'once d'or, exprimée en dollar comme en euro (le graphique apparaît alors moins tourmenté) dessine depuis la mi-juillet une figure de type "triple sommet déclinant" (avec des "pics" parfaitement réguliers inscrits à 1 029 $, 980 $ puis 925 $).

Cours de l’once d’or en US $ sur un an

Cours de l'once d'or en US $ sur un an

Multiplication de signaux baissiers
Il faut vraiment être viscéralement convaincu de la nécessité de détenir de l'or pour résister à la multiplication de signaux baissiers qui nous hurlent de vendre, surtout depuis que l'once est repassée sous les moyennes à 10 et 30 semaines (c'est à dire 875 $ et 830 $ respectivement), puis sous l'oblique ascendante long terme présente vers 780 $ (moyenne mobile à 100 semaines).

Eh bien c'est notre cas depuis 2002 : nous sommes convaincu de la nécessité de détenir l'or. Dès les années 2000, l'or a été pour nous le placement de la décennie.

L'or n'a pas échappé à cette purge planétaire
Lors des deux terribles séances boursières des 23 et 24 octobre, tous les actifs négociables (valeurs mobilières, pétrole, métaux, céréales...) se sont effondrés : nous avons assisté à la plus phénoménale vague de "ventes forcées" de l'histoire. Des centaines de hedge funds ont été contraints de solder "à tout prix" leurs positions quelle qu'en soit la nature, pour cause de défaut de couverture.

L'or n'a pas échappé à cette purge planétaire et l'once s'est rapidement enfoncée sous le zénith des 715 $ du début mai 2006, puis sous les 700 $, avant de retrouver du soutien sur un fort support oblique long terme vers 690 $ (le vendredi 24 en milieu de journée).

Un sursaut technique lui a permis de rebondir jusque vers 800 $ (il cote encore ce matin quelque 725 $) mais pas d'invalider la cassure de la tendance haussière moyen terme...

Mon conseil ? Attendre pour renforcer
Le moment n'est certainement pas très bien choisi pour vendre après plus de 30% de correction en six mois. Il apparaît préférable d'attendre un nouveau test réussi des 690 $ (c'est également le zénith de février et avril 2007) avant de renforcer les positions sur l'or physique, les trackers ou les nouveaux certificats "quanto" (SGAM).

La folle remontée du dollar et du yen contre le pétrole est probablement achevée, mais des répliques sont probables après le séisme monétaire majeur du mois d'octobre. Tant que la volatilité des changes ne sera pas jugulée, le métal précieux aura du mal à s'apprécier.

Donc patience et ne baissez pas les bras.

 
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