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Face au retour en force du risque, les investisseurs se ruent sur les matières
par Isabelle Mouilleseaux
Lundi 30 juin 2008
Bis repetita ?
Nous venons de vivre la semaine boursière la plus angoissante depuis le fameux mini krach de janvier dernier. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le marché des matières repart à la hausse !
Mercredi, la Fed a laissé son taux directeur inchangé à 2%, et n’a pas donné de signe quant à une éventuelle hausse des taux à venir. Voilà qui a déprimé les investisseurs et fait tourner de l’œil les marchés actions ! Ils se rendent compte que personne n’est là pour soutenir dollar et lutter contre l’inflation ! Les investisseurs craignent le pire...
Pas de doute : la Fed est prise en étau ; la stagflation menace de plus en plus
C’est un fait : l’inflation se développe et la Fed n’y peut rien, tant l’activité économique américaine est faiblarde. La moindre hausse des taux dans ce contexte économique, financier et immobilier pourrait faire imploser l’économie US. Conséquence : la stagflation menace de plus en plus.
Les investisseurs sont non seulement sceptiques quant à l’évolution de l’économie américaine, mais également de plus en plus pessimistes quant à l’évolution de l’économie mondiale en général. L’Europe ralentit et l’Asie est loin d’être à l’abri des soubresauts. La théorie du découplage va-t-elle tenir ? Je vous ai fait part de mes doutes sur ce point depuis quelques mois déjà, ils sont aujourd’hui renforcés.
Partout les banques centrales relèvent leur taux directeur. La Norvège, Israël, l’Inde, la Pologne, la Roumanie, Taiwan emboîtent le pas à l’Angleterre, l’Afrique du Sud, la Chine, l’Australie et tant d’autres pays déjà...
Les propos de Warren Buffett ont donné aux bears du grain à moudre
A son tour, le grand maestro s’inquiète ouvertement d’un glissement probable vers une situation de stagflation. La pire de toutes les situations, à mon avis... et cela a définitivement terminé d’enfoncer le clou !
Il n’en fallait pas plus aux investisseurs pour accélérer leurs ventes sur les marchés actions et démultiplier leurs achats sur les marchés matières. Car matières premières = assurance tous risques quand tout va mal ! C’est LE havre de paix que tout le monde recherche.
Energie : les records sont à nouveau pulvérisés
Les bulls ont plus que jamais la main, dopés par la « non-réaction » de la Fed mercredi. Le dollar est ainsi passé de 1,54 à presque 1,58 en fin de semaine, ce qui a permis au Brent et WTI de passer vendredi au-dessus des 142 $ le baril. Le Sweet Light Crude Oil flirtait avec les 143 $ le baril.
En fin de journée, toutefois, les choses se calmaient un peu ; le WTI livraison août affichait 140,40 $ sur le Nymex. Le Brent, même échéance, affichait sur l’ICE londonien 141,07 $.
Ce nouveau rally haussier n’a pas grand-chose à voir avec les fondamentaux. Le regain d’intérêt du brut aux yeux des investisseurs s’explique par la volonté d’adopter une stratégie de préservation. Face aux marchés actions qui se liquéfient, les matières premières constituent un refuge très recherché, pétrole et métaux précieux en tête.
Le mouvement haussier a été amplifié par l’annonce par BP de la fermeture de l’une de ses raffineries près de Rotterdam, pour cause de réparation. Les travaux devraient durer jusqu’au 19 juillet.
Les fondamentaux auraient pourtant pu calmer les ardeurs du cours du pétrole. Il n’en fut rien ! Ni la hausse des stocks de pétrole et produits distillés aux US, ni la reprise de la production sur le champ de pétrole de Bonga au Nigeria n’ont réussi à calmer les angoisses des investisseurs.
Ils voient rouge !
Métaux précieux : l’or « assurance tous risques » revient sur le devant de la scène
La décision de la Fed de laisser ses taux inchangés a exercé un impact significatif sur l’or. Le dollar continue de chuter, l’inflation de grimper, ce qui redonne à l’or son intérêt si attirant : meilleure protection anti-inflation, toutes catégories confondues ! Il est capable de protéger le capital contre l’érosion monétaire.

Cours de l’or en US$ l’once sur les trois derniers mois
Les investisseurs attendent maintenant avec angoisse la décision de la BCE quant à ses taux directeurs. Et notamment l’impact que ceci aura sur l’évolution du dollar.
Les déclarations de Warren Buffett sur la stagflation ont fait bondir le cours de l’or qui a gagné en une seule journée plus de 25 $. Une hausse journalière record !
L’or pourrait continuer d’avoir le vent en poupe dans les jours à venir, surtout si les investisseurs tablent sur une hausse des taux potentiellement plus forte en Europe qu’aux Etats-Unis dans les mois à venir.
Vendredi, le cours de l’once affichait 929 $ livraison août sur le Nymex. Il cote ce matin 934 $.
L’argent a suivi l’or avec nettement moins de vigueur.
Platine et palladium n’ont que peu évolué.
| Cours à 3 mois |
Vendredi |
Vendredi |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 3 140 | 3 123 | -0,54% |
| Cuivre* | 8 435 | 8 530 | 1,13% |
| Plomb* | 1 880 | 1 800 | -4,26% |
| Nickel* | 22 400 | 21 950 | -2,01% |
| Etain | 22 750 | 23 375 | 2,75% |
| Zinc* | 1 952 | 1 930 | -1,13% |
| Acier (Méditerranéen) | 1 205 | 1 240 | 2,90% |
| Or (spot) | 903,70 | 928,15 | 2,71% |
| Argent (spot) | 17,45 | 17,61 | 0,92% |
| Platine (spot) | 2 062,15 | 2 066,50 | 0,21% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
Les métaux de base marquent une pause
Les métaux ont connu une semaine d’accalmie après deux semaines de hausse.
En début de semaine, l’ambiance était très morose : le dollar était relativement soutenu, le baril en léger repli et les mauvais chiffres économiques ont calmé les ardeurs des investisseurs. L’indice PMI des directeurs des achats de la Zone euro est en chute libre, le Conférence Board américain et l’indice allemand IFO ne laissent rien présager de bon non plus ; l’économie ralentit de plus en plus.
Du coup, les investisseurs craignent un ralentissement de la demande de métaux en cas de ralentissement économique globalisé.
Le retournement a été très net jeudi, suite au statu quo de la Fed. Le dollar a lâché prise et le brut, l’or et l’argent ont bénéficié d’un fort courant acheteur qui a soutenu les métaux en fin de semaine.
Bonne semaine pour le cuivre.
Les chiffres de la production ont redonné du « peps » au marché : la production de cuivre a reculé de 6,1% en avril par rapport à avril dernier au Chili (principal producteur) ; BHP Billiton a annoncé un repli de 3% de sa production à Escondida, et Codelco, toujours au Chili, a annoncé une chute de 29% de sa production en avril suite aux grèves et fermetures de mines. Des risques de grèves dans les mines planent toujours.
Quant aux stocks, ils sont en baisse tant sur le LME qu’à Shanghai, ce qui soutient également le cours.
Ce matin, il revient à 8 677 $, en route vers ses sommets.
Concernant le nickel, les nouvelles ne sont pas très bonnes côté demande. Posco a annoncé la réduction de sa production d’inox (acier+nickel) en juillet car les clients reportent leurs commandes dans le temps, pariant sur la baisse du prix de l’inox du fait de la baisse du cours du nickel. Les choses se figent...
L’acier reste un secteur en ébullition. Posco annonce pour la 3ème fois cette année une hausse de ses prix de l’acier. Ceci afin de couvrir la hausse du prix des matières, fer et coke en tête.
De son côté, histoire de ne pas lever la pression, BHP Billiton annonce que les hausses de prix du fer négociées en début d’année sont insuffisantes pour couvrir la hausse des coûts du transport. Sous entendu : attendez-vous à une nouvelle hausse !
Concernant l’aluminium, notons la hausse des stocks et le ralentissement de la demande qui pourraient finir par peser sur le cours.
L’étain est soutenu par une baisse des stocks sur le LME qui atteignent un point bas depuis plus de deux ans.
Le plomb est au plus bas depuis 15 mois, touchant sur la semaine un nouveau record à 1 782 $ la tonne. Hausse des stocks oblige...
Les grains ont le vent en poupe
Notre point hebdomadaire sur les matières premières
Isabelle Mouilleseaux
Céréales : toujours en hausse
Les grains sont cette semaine encore orientés à la hausse, notamment le soja et le maïs qui bénéficient de fondamentaux porteurs.
Livraison décembre, le maïs a atteint le cours record de 7,95 $ le boisseau sur le Cbot.
L’Iowa, plus gros état producteur de maïs des Etats-Unis, pâtit des conséquences des énormes inondations. La couche supérieure de la terre a été lessivée sur un grand nombre de surfaces agricoles. Et comme les pluies continuent, on ne compte plus sur de nouveaux semis pour réparer les dégâts causés. Ce dernier espoir s’envole. L’American Farm Bureau Federation estime le préjudice sur la récolte de maïs à 8 milliards de dollars. Le niveau des stocks devrait ainsi tomber à un point bas de 24 ans à la fin de la saison.
Livraison septembre, il cotait vendredi 7,69 $ le boisseau sur le Cbot.
Les régions agricoles consacrées au soja ont elles aussi été touchées par les inondations. Cela dit, à la place de leur maïs endommagé, certains agriculteurs ont commencé à replanter du soja, qui pousse plus vite et nécessite moins d’engrais. Malgré cela, le cours du soja s’affiche en hausse, tiré par le cours du pétrole.
Livraison août, le soja cotait vendredi 15,81 $ le boisseau sur le Cbot.
Le blé a lui aussi enregistré une progression de son cours, tiré par la tendance haussière du cours du maïs. En effet, les spéculations vont bon train. Les éleveurs seraient en train d’acheter de plus en plus de blé à la place du maïs pour nourrir leurs élevages animaux, le maïs étant devenu trop cher.
Toutefois, en fin de semaine, le cours du blé se repliait un peu suite aux prévisions très optimistes quant à la récolte à venir.
Livraison septembre, le blé cotait 9,26 $ le boisseau sur le Cbot. Il revient ce matin sous les 9 $.

Cours du blé sur le Cbot en US cents le boisseau
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