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Le zinc n'est pas encore prêt à rebondir
par Gabriel André
Mardi 24 juin 2008

Un constat sans appel
Les prix du zinc ont baissé d'environ 60% depuis leur plus haut de 4 620 $ la tonne en novembre 2006. Ces derniers jours, les cours évoluent autour des 1 900 $ la tonne.

Pas de doute : la production surpasse la demande !
Les fondamentaux de l'offre et de la demande mondiales sont les véritables moteurs de cette chute des cours. En résumé, l'offre surpasse significativement la demande. Et les projections pour 2008 et 2009 abondent également dans ce sens.

Les stocks débordent !
Voyons cela d'un peu plus près. Les stocks cumulés sur le LME (London Metal Exchange) culminent à 151 800 tonnes ! Rien que pour les quatre premiers mois de l'année 2008, le bureau d'études ILZSG (International Lead and Zinc Study Group), spécialiste du zinc et du plomb, a relevé un surplus de production de 78 000 tonnes. Le marché du zinc affiné est également très bien alimenté par la production.

Les coûts de traitement de ce minerai grimpent
Je vous rappelle que le zinc à l'état de minerai n'est pas directement utilisable dans l'industrie. Pour fabriquer du zinc métallique à partir du minerai extrait, il faut procéder à un ensemble d'opérations appelé métallurgie extractive. Les coûts de traitement (affinage) sont à la charge des entreprises minières qui les négocient et les payent aux métallurgistes et fonderies. Le zinc ainsi affiné sert essentiellement à la galvanisation des aciers.

Face à la baisse des cours, les marges s'érodent
Ces coûts de traitement tournent aujourd'hui autour de 270 $ la tonne. Ils ont considérablement augmenté depuis 2005 à cause de la forte croissance de l'activité minière (surtout en Chine), elle-même dopée par la croissance des secteurs économiques consommateurs de zinc concentré. Ces secteurs sont la production automobile bien sûr, mais aussi la construction, l'électroménager et les équipements industriels. Les stocks se sont donc constitués rapidement.

Quel sera l'impact de la baisse des cours sur la production des minières ?
La question désormais est de savoir quel va être l'impact de la baisse des cours du zinc sur la production minière, sachant que les coûts de traitement restent relativement élevés. C'est la clé de lecture essentielle pour analyser correctement les perspectives d'évolution des prix du zinc.

L'une des difficultés que nous rencontrons, c'est la fiabilité des statistiques chinoises sur leur production minière. Toutefois, on sait que les marges s'effondrent au fur et à mesure que le cours spot du zinc baisse. Il est donc probable que cela impacte la production chinoise, encore considérée comme "artisanale" et donc très sensible à la conjoncture. C'est moins vrai ailleurs, dans le monde où, historiquement, la production est mieux structurée, et a donc plutôt bien résisté aux cycles baissiers.

Certaines minières commencent déjà à réduire leur production
Si les cours se stabilisent sous les 2 000 $ la tonne, la production minière chinoise pourrait se réajuster, ce qui aurait un impact à terme sur le marché du zinc affiné "prêt- à -l'emploi". Les spécialistes estiment le décalage à 6 à 12 mois. Des fermetures de mines ou des retards de projets en Chine pour cause de surproduction et de baisse des prix engendrent ainsi, quelques mois plus tard, une baisse des stocks de zinc affiné sur le LME.

Pour information, certaines minières ont déjà arrêté leur production de zinc, comme par exemple Endeavour Silver, spécialiste de l'extraction d'argent métal.

Attendez-vous à une volatilité accrue
L'autre conséquence de telles annonces est la hausse de la volatilité. Sur le graphique ci-dessous, la rapide baisse des cours du zinc l'année dernière a été associée à la hausse de l'open interest sur le LME, soulignant ainsi la génération de positions short sur cette période. L'open interest est l'indicateur de positions ouvertes en nombre de contrats sur les marchés de futures, notamment celui des matières premières. Il est utilisé pour mesurer l'activité et la force de l'action des prix sur un contrat.

Techniquement, la tendance baissière devrait se poursuivre jusqu'à...
Il y a objectivement encore de la place pour une baisse plus importante. Si on regarde un graphique long-terme, avec des données hebdomadaires, on s'aperçoit que le prochain objectif de l'actuelle tendance baissière pourrait probablement être l'ancien plus haut de… 1997 !!  A savoir 1 700 $ la tonne.

Vous le savez sans doute, les anciens plus hauts deviennent les nouveaux plus bas, et vice versa. Le MACD nous indique qu'un nouveau signal baissier a été déclenché récemment (fin mai), quand cet oscillateur technique a croisé à la baisse sa ligne de signal.

Le RSI nous indique également qu'il y a encore de la marge avant des niveaux potentiels de survente, le rebond tant attendu n'est à mon avis pas encore pour tout de suite.


Cours du zinc en US$ la tonne

Mon avis sur les perspectives à plus long terme ?
La baisse des prix est-elle donc le précurseur d'une future étroitesse du marché ? C'est tout à fait possible. Si les prix baissent jusqu'à 1 700 $ la tonne sans rebond majeur, la production chinoise, étranglée par des marges de plus en plus faibles, baissera significativement. Les stocks énormes constitués récemment devraient ainsi diminuer pour faire face à une demande, elle, toujours robuste.

De plus, en 2010 et 2011, plusieurs mines majeures (Brunswick, Boliden, Antamina) et d'autres plus petites seront en fin de vie ou verront leur extraction diminuer fortement. Le manque à gagner pourrait être de 400 000 tonnes pour la période 2009-2011.

Ce pourrait être alors le début d'un nouveau cycle haussier.

 
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