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Dernières tendances du marché du café (II)
par Emmanuel Gentilhomme
Vendredi 23 mai 2008

Poursuivons notre analyse sur les tendances fondamentales du marché du café

Vraies et fausses tendances
Dire d'un marché qu'il est dynamique ne signifie pas que toute nouveauté soit bonne à prendre. Les cafés labellisés équitables, biologiques et même les cafés "gourmets" sont très à la mode en ce moment. Cette trouvaille permet de proposer des produits haut de gamme -- une manière pour les vendeurs de sacs sous vide de lutter contre la baisse tendancielle de la consommation occidentale. Mais selon M. Chauchereau, ce segment ne dépasse pas quelques points de pourcentage du marché.

Plus remarquable est la tendance des agro-industriels à investir dans les pays producteurs. L'italien Lavazza est par exemple en train de racheter un torréfacteur brésilien. Pour M. Chauchereau, ce genre d'opération poursuit un double objectif : profiter de la croissance du marché local, voire délocaliser une partie du traitement du café traditionnellement effectué dans des usines occidentales. Conditionné sous vide, un paquet de café se conserve pendant un an : il n'en faut pas tant à un cargo pour rallier l'Europe depuis le Brésil.

Petites dosettes et grosses marges
Autre tendance aussi récente que significative : le développement du café en dosettes. Que vous le vouliez ou non, vous avez forcément croisé une machine à café utilisant des capsules Nespresso -- ou autres, car Nestlé est loin d'être le seul à en proposer. Au début, les dosettes se confondaient avec le créneau du café gourmet, mais elles ont enregistré une forte croissance qui les en distingue aujourd'hui. Comme le segment café gourmet ne peut correspondre à un marché de masse, indique M. Chaucherau, la qualité moyenne du café en dosette diminue à mesure que le marché se développe.

Rassurez-vous : la dosette reste d'une qualité supérieure à celle du café-filtre. C'est bien le moins : elle est proportionnellement "quatre à six fois plus chère"que le café sous vide,selon Dominique Chauchereau. L'industrie agroalimentaire a su répondre à la demande du consommateur en lui permettant d'atteindre la qualité du café que vous trouvez dans les bars. Les géants agroalimentaires peuvent être contents : si la consommation de café stagne en Occident, elle a le mérite d'être devenue beaucoup plus rentable. Les rois de la dosette peuvent remercier les buveurs de café que nous sommes : grâce à nous, ils ont redressé leurs marges sur le petit noir !

Le café, tasse de thé des financiers
Le monde merveilleux de la finance n'a jamais été absent du café, mais le rôle qu'il joue aujourd'hui atteint "des proportions que le marché du café n'avait jamais connu", selon Robert Lamplé. "En novembre dernier, un fonds a pris livraison de 150 000 tonnes de robusta, mettant le marché sens dessus-dessous", précise-t-il. Ces 2,5 millions de sacs représentent un investissement de 300 millions de dollars : "une plaisanterie pour un hedge fund", indique-t-il, mais pas pour un tel marché.

Vous l'avez sans doute entendu : outre leur puissance de feu, une spécificité des hedge funds est de jouer sur ce qu'il est convenu d'appeler les inefficiences des marchés. Un qualificatif qui peut très bien convenir aux nombreuses zones d'ombres qui émaillent le négoce du café. Robert Lamplé indique que ces fonds savent tirer profit, par exemple, des groupes agroalimentaires qui retardent un peu trop leurs achats, en espérant par exemple une décrue des cours avant de devoir faire leurs emplettes. Le fonds qui le détecte entre d'un coup sur le marché, prenant -- au hasard -- un fabricant de café soluble à la gorge, avant de lui revendre le tout avec un gros bénéfice.

En effet, la profondeur des marchés à terme permet de liquider des positions importantes. En outre, la forte volatilité des cours du café est pain béni pour les mathématiciens financiers qui peuplent les banques.

Positions commerciales et non commerciales
A la toute fin de son intervention, Robert Lamplé projette un graphe particulièrement intéressant : il s'agit d'un graphique sur dix ans sur lequel sont cumulés les cours moyens du café et l'importance des positions non commerciales sur le marché à terme de New York, telles que le régulateur américain -- le CFTC -- les publie. Ces positions trahissent notamment la présence de financiers amateurs de café à côté des industriels.

Selon lui, ce n'est pas un hasard si, depuis 2002, l'accroissement constant des positions non commerciales coïncide avec la hausse des prix : "les cours du marché sont tirés par les positions non commerciales", indique-t-il,ces dernières n'ayant jamais été aussi importantes qu'aujourd'hui. Par exemple, la tonne de robusta est passée des environs de 500 $ la tonne en 2002 à plus de 2 000 $ aujourd'hui. Mais ce prix reste très raisonnable par rapport aux niveaux atteints dans les années 80, indique Robert Lamplé. Car, selon lui, les fonds savent s'arrêter avant de déclencher les foudres des autorités de régulation. La plus sûre manière de perdre un marché lucratif...

"J'ai connu une époque où des régulations sévères s'imposaient aux détenteurs de positions non commerciales", ajoute Robert Lamplé. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. "Il s'agit d'un grand changement pour le marché du café", conclut-il. A bon entendeur...

 
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