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Divergence entre le cours de l'acier et le cours des aciéristes : une opportunité ? (II)
par Isabelle Mouilleseaux
Mardi 29 avril 2008

Je vous disais vendredi que la demande d'acier était forte, et que l'offre n'arrivait pas à suivre à cause d'un manque de matières premières. Le fer est insuffisamment disponible, d'où l'envolée de son cours. Il en est de même pour le charbon coke, second élément constitutif de base de l'acier...

Le prix du charbon coke explose
Deuxième limite à la production d'acier : le marché mondial du charbon coke (second constituant de l'acier) est lui aussi en déficit. Selon les calculs des experts de la banque Macquarie, la demande devrait progresser de 7,3% en 2008 à 234 millions de tonnes ; l'offre mondiale n'augmenterait, quant à elle, que de 1,1%, à 219 millions de tonnes. Et, comme pour le fer, l'ajustement se fait par les prix.

Début avril, les négociations entre les producteurs de charbon et les sidérurgistes qui fixent le prix des transactions du charbon à coke pour l'année, se sont conclues par une hausse d'environ 200%. Le coréen Posco, quatrième sidérurgiste mondial, a révélé avoir conclu pour un prix de 305 $ la tonne, soit plus de trois fois les 98 $ négociés pour l'année fiscale qui s'est achevée le 31 mars dernier.

La négociation est également difficile pour les aciéristes japonais JFE et Nippon Steel avec BHP Billiton. Le niveau des prix reflète la panique qui s'est emparée des sidérurgistes qui, se trouvant dans l'absolue nécessité de faire tourner leurs haut-fourneaux, sont obligés d'accepter cette hausse.

Pour mémoire, le charbon, qui cotait 25 $ la tonne en 2003, a atteint les 130 $ en février dernier. Soit une multiplication par cinq de son cours en quatre ans !

Pourquoi une telle hausse ?
Il y a d'abord l'envolée des cours du brut (plus de 100% depuis janvier 2007) qui tirent toutes les énergies à la hausse... Comme pour l'instant, les énergies propres ou renouvelables (vent, eau, solaire, géothermie...) ne sont pas encore disponibles et que les infrastructures nucléaires sont loin d'être suffisamment développées, il ne reste donc, immédiatement disponibles, que le brut et le charbon.

Et puis n'oublions pas que la Chine affiche des taux de croissance à deux chiffres, année après année. Or la Chine fonctionne au charbon : plus de 80% de son électricité émane du charbon ! Or jusqu'à très récemment, étant le plus gros producteur mondial, elle exportait du charbon (la Chine est aussi le plus gros exportateur mondial). Mais en juillet 2007, elle était importatrice nette pour la première fois de son histoire. La Chine a d'ailleurs décidé de mettre en place en début d'année une nouvelle taxe de 25% sur ses exportations de charbon, afin que la demande intérieure soit livrée en priorité et que les prix soient stabilisés. Or comme je vous le disais, le pays est le premier exportateur de charbon ; voilà pourquoi les prix du charbon en Asie ont grimpé de 30% en 2007...

Conséquence : les aciéristes remontent leurs prix
Avec l'envolée du coût des matières, et pour éviter la baisse de leurs marges, les aciéristes relèvent leurs prix, sans problème : + 30 % en trois mois selon Macquarie.

En mars dernier, ArcelorMittal a indiqué qu'il allait augmenter de 12% à 15% les prix de ses aciers plats au carbone en Europe à compter du 1er avril 2008. La société annonce aujourd'hui vouloir augmenter le prix de sa tonne d'acier destinée au marché américain de 250 $ pour faire face à la hausse du prix de l'énergie et du fer.

Thyssen Krupp a lui aussi augmenté ses prix, tout comme les américains Nucor et AK Steel. Même l'indien Tata Steel a augmenté ses prix au 1er mars.

Le coréen Posco a suivi le mouvement global, mettant en avant le coût élevé du nickel dans la production d'acier inoxydable. China Steel et Baoshan Iron & Stell vont faire de même.

Le fait que cette hausse des prix soit acceptée sans sourciller par les clients prouve bien que la demande est forte et incompressible. Une chance pour les sidérurgistes !

Résumons-nous...
Le marché de l'acier est donc structurellement déficitaire. La demande est forte et prête à accepter des relèvements de prix. Ce qui = fait de ce secteur d'activité un secteur relativement préservé du risque de ralentissement économique mondial. Un secteur défensif en somme...

Si nous partons de ce constat, les valeurs du secteur de l'acier devraient valoir le coup d'oeil, certaines d'entre elles étant fort peu valorisées. A commencer par Thyssen Krupp, Posco ou Salzgitter.

Quelques aciéristes à surveiller
** Thyssen et le coréen Posco ont souffert au dernier trimestre 2007, avec des bénéfices en recul respectivement de 30% et 20% par rapport au quatrième trimestre de l'année précédente. Ce sont surtout leurs activités Inox qui ont reculé. Elles représentent en effet 40% des ventes du groupe allemand et 20% de celles du sud-coréen Posco.


Cours de l'action Thyssenkrupp en euros sur le Xetra

Ceux qui croient au retour de l'acier inoxydable sur 2008 peuvent s'intéresser à ces deux valeurs pour leur possible rattrapage. Selon le patron de Thyssen : "Pour 2008, nous attendons de nouveau une bonne année pour notre division acier. Nous voyons également une demande solide dans notre division inoxydable avec des prix en nette amélioration".


Cours de l'action Posco cotée à New York en US$

** Le groupe ArcelorMittal affiche un résultat record de 10,4 milliards de dollars pour sa première année d'exercice complet.

Sa production est stable à 110 millions de tonnes en 2007, pourtant le chiffre d'affaires s'affiche en hausse de 18,7%, à 105 milliards de dollars. C'est une vraie réussite lorsqu'on sait que les prix de l'acier ont fortement chuté aux Etats-Unis du fait du ralentissement et que l'acier chinois à bas prix est venu faire une concurrence quasiment déloyale sur certains types d'aciers en Europe. La rentabilité opérationnelle s'affiche également en hausse. Et le PDG du groupe annonce une année 2008 meilleure que la précédente ! A bon entendeur...

Cela dit, l'action est certes très intéressante, mais déjà bien valorisée. Regardez son parcours.

Idéalement, il faudrait pouvoir l'acheter sur repli et viser ensuite les 60€.

** Mettez dans votre liste de valeurs à surveiller l'allemand Salzgitter. C'est le second plus gros aciériste allemand après Thyssen. Pour l'année 2007, le groupe a atteint ses objectifs de résultats.

Pour les plus téméraires, il y a aussi Tata Steel ou China Steel, mais il faut avoir le goût du risque. Les marchés asiatiques étant soumis à une très forte volatilité.
Les principaux sidérurgistes américains (AK Steel, Allegheny Technologies, Carpenter, Cleveland-Cliffs, Nucor, Ryerson, US Steel, Worthington) sont représentés dans l'indice Dow Jones US steel dont voici le graphique. Notez le beau rattrapage de plus de 35% du secteur depuis le krach de janvier. Un peu à l'image d'ArcelorMittal. Le caractère défensif des valeurs jouent à plein, malgré le ralentissement US et la baisse des prix de l'acier outre-Rhin.


Indice Dow Jones US Steel sur six mois

 
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