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Le platine au-dessus de 2 000 $ l’once ; le charbon s’envole
par Nos Rédacteurs EMP
Jeudi 14 février 2008

Le Peak Oil fait des petits
C'est la phrase que Matt Simmons, banquier d'affaires à Houston, aime à répéter lorsqu'il s'agit d'expliquer la futilité d'une relance de la production de pétrole dans un monde confronté au Peak Oil. Selon Simmons, il est impossible d'augmenter de façon substantielle la production de pétrole mondiale, quelle que soit l'importance de la demande. Le pétrole ne semble pas être la seule ressource dont la production ne satisfait plus la demande.

La situation est ce qu’elle est et il faut faire avec...
Prenez n'importe quelle matière. L'offre est ce qu'elle est. Il n'y a guère de surplus pour quelle que matière que ce soit. Nous vivons dans un monde où il faut des années avant de voir arriver un complément de production sur le marché. La demande mondiale va donc devoir s'en accommoder. Et elle s'en accommode en faisant monter les prix suffisamment haut pour supprimer la demande marginale et éclaircir le marché.

Sur la corde raide
Pour la plupart des matières qui font tourner le monde, l'offre et la demande sont sur le fil. Il suffit d'une pichenette pour que l'offre d'une ou plusieurs marchandises critiques bascule d'un côté et entraîne les prix dans un tourbillon incontrôlable... Regardez par exemple ce qui se passe en Afrique du Sud.

Catastrophe minière
En temps normal, lorsque vous entendez parler d'une catastrophe minière, vous pensez à une explosion ou à un effondrement souterrain avec des dizaines de victimes parmi les mineurs. Que se passe-t-il en ce moment en Afrique du Sud ? Une grande partie des mines sud-africaines ont dû fermer en raison de coupures d'électricité. Des dizaines de milliers de travailleurs sont désormais sans emploi, et l'impact économique se fait sentir dans le monde entier.

Les malheurs d’Eskom...
L'entreprise qui fournit la majorité de l'électricité sud-africaine s'appelle Eskom. Selon un article paru récemment, "aucune des centrales à charbon d'Eskom -- qui fournirait 90% de l'électricité du pays -- ne fonctionne à plein régime". 

Nombre des problèmes d'Eskom sont liés à l'approvisionnement en charbon. Sur certains sites, le charbon est trop humide, ou de mauvaise qualité. Sur d'autres sites, il y a eu des interruptions imprévues dans les livraisons. De plus, les sites d'Eskom ont subi une série de problèmes techniques et autres incidents au niveau de la maintenance.

Pour couronner le tout, Eskom n'a plus assez d'ingénieurs qualifiés et de personnel technique. En résumé, les problèmes de qualité, les problèmes techniques, les pannes de maintenance et le manque de personnel ont eu raison d'un quart de la capacité de production d'Eskom. Et je ne parle même pas de la vétusté du réseau !

Du coup, l'entreprise demande à ses clients industriels de réduire "volontairement" leur consommation électrique.

Métaux, minerais, énergies : tous sont touchés !
Les grandes entreprises d'extraction d'or et platine en Afrique du Sud, comme AngloAmerican, Harmony et Gold Field, en sont réduites à ne faire tourner qu’au strict minimum les machines dans leurs mines. Il n'y a donc plus que les pompes à eau et l'aération qui fonctionnent. Les mines de diamants sont elles aussi touchées, tout comme la production d'uranium, d'aluminium, de chrome, de cobalt, de manganèse et autres minéraux. La production, la fabrication et la transformation du métal sud-africain ont ralenti de manière catastrophique.

Le charbon devient roi au pays du platine et de l’or
Le charbon a désormais plus de valeur que l'or, le platine ou le pétrole. Quand on y réfléchit, sans le charbon pour faire fonctionner les centrales, l'or et autres métaux précieux ne sont plus que des cailloux enfouis dans les profondeurs du sol.

Suite à la fermeture des mines, le prix de l'or a atteint les 920 $ l'once, avec des opérations intraday allant jusqu'à 935 $. D'autres métaux précieux, comme le platine, le palladium et le rhodium ont également augmenté : 2 000 $ pour le platine aujourd’hui !

Embargo électrique sur tout le sud africain !
Le gouvernement sud-africain a déclaré que le problème des coupures d'électricité était une urgence nationale et a proposé une série de mesures qui visent à réduire la consommation en électricité. Parmi ces mesures, on retrouve le rationnement.

De plus, l'Afrique du Sud a stoppé ses exportations d'électricité dans les pays voisins. Cet "embargo" électrique affecte toutes les industries, au-delà des frontières. Au Botswana, par exemple, les coupures de courant ont causé d'importantes pertes de nourriture et des problèmes dans le traitement et les livraisons des denrées alimentaires.

Attention au prix du charbon !
Ces deux dernières années, l’Europe est devenue un marché très lucratif pour le charbon sud-africain, l'Union cherchant des alternatives au pétrole de la mer du Nord (en voie de disparition) et au gaz naturel russe (politiquement problématique). L'Inde importe elle aussi de plus en plus de charbon sud-africain.

Mais les mines sud-africaines ne peuvent plus satisfaire ces marchés. Partout, à l'annonce des problèmes rencontrés en Afrique du Sud, le prix du charbon est monté en flèche.

Pour vous donner un ordre de grandeur : le charbon cotait 25 $ la tonne en 2003, il cote aujourd’hui 125 $ la tonne. Et depuis janvier 2007, il a gagné 150% !

L'impact sud-africain sur les marchés de l'énergie et des ressources naturelles se ressent dans le monde entier.

 
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