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Le CBOT à la loupe
par Sylvain Mathon
Vendredi 08 juin 2007

Des forward aux futures
A l'échéance d'un contrat de gré à gré, vous êtes tenu de livrer la marchandise ou bien d'en prendre réception, physiquement – avec des conséquences très ennuyeuses si vous avez négligé ces détails pratiques... (J'ai connu un trader qui, ayant oublié de « rouler » sa position, s'est retrouvé avec plusieurs dizaines de milliers de barils à son nom, dans un entrepôt en Oklahoma...)

En revanche, sur un marché organisé, le règlement peut aussi avoir lieu en liquide, ce qui fait du contrat de futures un instrument financier à part entière. Comment cela se passe-t-il ?

D'une part, la bourse propose aux intervenants des « forward » normalisés, garantis par sa chambre de compensation. A l'échéance de ces contrats, ou bien la livraison physique a lieu... ou bien on « fait comme si » : la partie perdante paye à l'autre la différence entre le prix convenu et le prix du jour. Ce qui revient à garantir la plus-value du gagnant.

D'autre part – et c'est ce qui a le plus de succès – la bourse tient un marché de contrats de futures. Même principe, à quelques changements près. Tout est standardisé : qualité, quantité, échéance.

Ainsi, le « future wheat » (blé) traitant au CBOT porte sur 5 000 boisseaux de qualité n°2 (soft red), pour des échéances en mars, mai, juillet, septembre et décembre. La seule variable, c'est le prix. Pas besoin de le négocier avec votre contrepartie : il vous est donné, chaque jour, par le marché – le marché de futures, attention !, pas le marché au comptant. Le prix du contrat « septembre 07 » au 15 juin reflètera les anticipations concernant les prix du blé en septembre...

Ce prix futur est différent du prix au comptant (le prix spot), mais il va converger avec lui à mesure qu'on se rapprochera de l'échéance.

... Vous voulez vous lancer dans les contrats à terme ? Il suffit « d'acheter » ou bien de « vendre » un contrat donné... La bourse vous met alors en relation avec une contrepartie et, dès votre confirmation, vous voilà dans le bain. Tout se passe ensuite comme pour un « forward ».

Vous vous êtes engagé à acheter, ou bien à vendre, une certaine quantité de blé, à une date donnée et selon un prix convenu... A l'échéance, vous pouvez espérer réaliser une belle plus-value, que vous aurez prise directement dans la poche de votre contrepartie... ou bien l'inverse.

Les règles du jeu
Il y a des différences avec les marchés d'actions tels que vous les connaissez. Premièrement, on parle couramment « d'acheter » et de « vendre » les contrats, ce qui est trompeur. Il vaudrait mieux dire : « s'engager à l'achat » et « s'engager à la vente ».

Car un contrat n'est en aucune façon un titre de valeur, mais bien un engagement ferme. Ce n'est pas parce que vous l'avez « acheté » que vous pouvez le laisser dormir au fond d'un tiroir ! « Acheteur » ou bien « vendeur », vous êtes tenu de l'honorer. Les positions des deux « jambes » du trade sont symétriques. Il s'agit de deux parieurs qui misent l'un contre l'autre sur l'évolution des cours.

Deuxièmement, pour participer, vous devez être solvable... Et pas question que la chambre de compensation vous laisse vous endetter tranquillement jusqu'à l'échéance ! On va exiger de vous des garanties, sous forme de dépôts en liquide (ou en obligataire). Ces garanties seront réévaluées chaque jour, compte tenu des gains et pertes de votre position. Plus vous perdrez, plus vous devrez remettre la main au pot... Ce sont les fameux « appels de marge ».

Troisièmement, puisqu'on vous demande de payer tous les jours en cas de perte, pas de raison que l'inverse ne soit pas vrai ! Si votre position se trouve gagnante, en fait, les appels de marge effectués chez vos contreparties malheureuses vont se retrouver directement sur votre compte... jour après jour. Les contrats à terme ont beau viser des échéances lointaines, ils sont réalisés sur une base quotidienne, pour limiter les risques.

Quatrièmement, vous pouvez toujours dénoncer votre engagement – mais au prix fort. Il faudra le « neutraliser » en prenant une position inverse à la vôtre. Par exemple, si vous aviez convenu de vendre un boisseau de blé en septembre, il faut vous engager à acheter un autre boisseau en septembre : on dit alors que vous avez « débouclé votre position ».

En y réfléchissant un peu, vous verrez que cela vous fait effectivement sortir du marché – mais sans rien changer aux gains ou pertes réalisés jusque-là, et en préservant les plus-values de votre contrepartie.

Enfin, les garanties qu'on vous demande ne sont que partielles, très partielles (puisque vous êtes contrôlé tous les jours). Ce qui nous amène à l'arme secrète du trader pro, aussi puissante que dangereuse : l'effet de levier. Sur les futures, une mise de 500 $ peut vous suffire à prendre position sur un contrat de 10 000 $

... Mais attention : le jour où vous ne pourriez plus honorer vos appels de marge, votre compte – tout votre compte – serait clôturé dans la minute.

Comme on dit dans Spiderman : « Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités ».

 
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