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Réunion – secrète – au sommet des mineurs occidentaux (II)
par Emmanuel Gentilhomme
Vendredi 16 mars 2007

Je vous parlais hier des craintes des groupes miniers occidentaux, qui se réunissent en secret pour trouver une solution à l’énorme problème que constitue pour eux la percée chinoise sur le continent africain. Ils risquent en effet d’être bannis du continent ! Difficile pour eux de rivaliser avec les milliards de dollars que la Chine est prête à « offrir » à l’Afrique pour quelques bons et loyaux services...

La méthode pékinoise : plutôt « kung-fu » que « tai-chi chuan »
Pékin ne va pas en Afrique par quatre chemins : il négocie directement avec les chefs d'Etat, et ne pose jamais de questions sur le respect de la démocratie. D'Etat à Etat, c'est « business is business », et rien d'autre. La Chine nappe le tout d'un discours flatteur, Hu Jintao évoquant le mois dernier « un siècle d’agression coloniale et d'oppression par des puissances étrangères » à propos du continent noir.

Le tout dans une stricte acception de la souveraineté étatique. Hu Jintao a récemment déclaré que « le Darfour est un problème interne au Soudan » : on peut attendre longtemps une décision du Conseil de Sécurité de l'ONU, où siège la Chine...
Le régime islamisant d'Omar el Bashir a donc les mains libres, quitte à provoquer une guerre qui a déjà tué 200 000 personnes. Il faut dire que la Chine achète les deux tiers du pétrole soudanais, au nez et à la barbe du Département d'Etat américain qui lorgnait dessus depuis des années ! Selon Bloomberg, en 2006, entre 25 et 28% du pétrole consommé en Chine venait d'Afrique.

Il en va de même pour le régime du dictateur zimbabwéen Mugabe, riche en métaux allant du fer au platine... Et la liste est longue, du cuivre de Zambie au pétrole d'Angola.

Nos Chinois ont toujours la bosse des affaires. En investissant directement en Afrique et en prenant des parts dans les puits de pétrole et les mines, la Chine se débarrasse des intermédiaires et évite d'avoir recours aux marchés internationaux des matières premières. A mon avis, vous pouvez chercher longtemps les termes financiers des accords sino-africains...

Les minières désemparées
Nos minières occidentales se trouvent désemparées face une politique d'Etat aussi agressive qu'efficace. Alors elles se parent des airs vertueux des partisans. Depuis leur salon suisse à cinq étoiles, nos mastodontes de la pelleteuse et du marteau-piqueur.... se plaignent. Pleurnichent, même. Vous trouvez que j'exagère ? Jugez donc sur pièces : un des dirigeants présents aurait déclaré que l'Afrique était en train « d'être violée et pillée par la Chine ». Drôle d'expression dans la bouche d'un mineur.

Parmi les plans de défense évoqués, l'un des plus curieux est celui-ci : demander aux Nations Unies qu'elles contraignent les pays qui signent des contrats d'exploitation de leurs matières premières à respecter des standards environnementaux élevés. Par le plus grand des hasards, les compagnies chinoises ont mauvaise réputation en la matière.

A leur décharge, nos mineurs occidentaux doivent faire face à des règles environnementales de plus en plus strictes. Nombre d'ONG veillent au grain et signalent au public les abus de ces grandes compagnies, qui pèsent sur leur image. Certains de nos PDG en goguette à Davos ont même suggéré d'aider les ONG soucieuses d'environnement... à regarder du côté des agissements chinois en Afrique. Si tant est que les Etats africains et les Chinois les laissent approcher.

Autre mesure envisagée, qui impliquerait cette fois le fonds d'investissement International Finance Corporation (IFC) de la Banque mondiale. Nos glorieux mineurs souhaiteraient s'associer aux investissements de l'IFC et pouvoir offrir, eux aussi, des « cadeaux collatéraux » aux Etats africains, sous forme de routes ou autres centraux téléphoniques.

Un nouveau type de guérilla africaine ?
Une chose est sûre : en Afrique, la guerre pour le contrôle des ressources a bel et bien commencé, et ne se limite plus au pétrole et au gaz. Elle implique des partenaires européens en perte de vitesse, les Etats-Unis depuis une dizaine d'années, et désormais la Chine.

Pour finir, nous vous suggérons de jeter un coup d'oeil à l'action CNOOC Ltd, cotée sur le New-York Stock Exchange (mnémonique NYSE : CEO, Isin : US1261321095). Créée en 1982 par l'Etat chinois qui la contrôle toujours à hauteur de 70%, la troisième compagnie pétrolière du pays, spécialisée dans l'exploitation off shore hors de Chine, affiche une performance plutôt intéressante... Aussi payante que la stratégie de Pékin ?

 
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