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Le nickel à 47 400 $ la tonne !
par Isabelle Mouilleseaux
Jeudi 15 mars 2007
Presque 35% de hausse depuis le début de l’année ; soit une hausse 10 fois supérieure à celle enregistrée en 2001. Sans oublier les 160% déjà à son actif en 2006 ! Vous avez deviné de quoi je parle : du nickel, bien sûr.
C’est à peine croyable. Même les producteurs de nickel et les aciéristes, les plus gros consommateurs de nickel, n’ont pas anticipé une envolée d’une telle ampleur. Le nickel au-dessus des 40 000 $ la tonne était inconcevable pour eux. Impossible. Et pourtant…
Des stocks en baisse ? Certes. Mais tout de même…
Les stocks de nickel du LME sont en chute libre depuis des mois, me direz-vous. Ils représentent seulement deux jours de consommation. Je suis d’accord avec vous.
Mais tout de même, c’est exagéré. Regardez les corrélations stocks/cours suivantes :
Sur un an, les stocks de nickel du LME ont fondu de 90%. Parallèlement, le prix du nickel a gagné plus de 200%. Sur la même période, le stock de plomb a fondu de 58,5%. Or son prix n’a grimpé que de 69%. Même chose pour le zinc dont le stock s’est amenuisé de 71,4%. La hausse du cours n’atteint que 54,1%.
Des impacts très différents…

J’introduis maintenant pour vous un second bémol. Un bémol dont personne ne vous parle.
Et si vous teniez compte des « stocks cachés », non comptabilisés ?
Tout d’abord, un fait. Les utilisateurs de nickel achètent le plus souvent leur nickel directement auprès du producteur, sans passer par le marché. Ceci permet déjà de relativiser une chose : finalement, ce n’est pas si grave si les stocks du LME sont au plus bas ; cela fait juste monter l’adrénaline des spéculateurs !
Ensuite, une question. Si les stocks de nickel sont vides sur les places boursières, où sont-ils ? Il doit bien y en avoir quelque part ? Ils ne se sont tout de même pas volatilisés !
Comme je suis logique, je me suis tout de suite dit que les aciéristes devaient en détenir pas mal dans leurs propres stocks.
J’ai bien sûr fait ma petite enquête, étant très bien introduite dans cette industrie. Et force est de constater que j’ai raison. Certains aciéristes (je ne citerai pas mes sources, qui sont confidentielles) ont des stocks de nickel très importants. A faire pâlir d’envie le marché ; et de quoi le faire plus que vaciller… même si là n’est pas du tout leur intention, bien sûr.
Alors attention…
On vous dit que la demande est supérieure à l’offre ? Humm… cela ne va pas durer
Tout le monde dit que la demande est supérieure à l’offre. Que l’appétit de la Chine est insatiable. Partout là-bas, on construit des quartiers flambants neufs, des immeubles, des réseaux… Certes. Mais on finit toujours par être rassasié, tôt ou tard.
Je vous recommande de réviser votre point de vue sur l’équilibre entre offre et demande.
Les producteurs sont tous à la recherche de nouvelles mines pour accroître leur production et bénéficier de la hausse des cours. C’est un fait depuis des mois. L’un des plus gros producteurs de nickel, LionOreMining vient d’annoncer que sa production de nickel allait s’accroître cette année de 30%, à 44 300 tonnes.
Et puis il y a le MSC Napoli. Ce fameux bateau qui a coulé au large des côtes britanniques, avec 150 tonnes de nickel à bord. Eh bien, figurez-vous qu’on est en train de les repêcher.
De même, après des années d’enlisement, les deux projets de construction d’usines de nickel en Nouvelle-Calédonie redémarrent (l’île détient 25% des réserves mondiales de nickel). L’un mené à bien par Xstrata (repreneur de FalconBridge), l’autre par le brésilien CVRD (repreneur d’Inco). Vous me direz que ce n’est pas pour tout de suite.
Détrompez-vous ! Nous y sommes déjà : selon l’International Nickel Study Group, l’offre de nickel aurait dépassé la demande en janvier, pour le deuxième mois consécutif.
Cela ne fait aucun doute : la production va fortement augmenter dans les prochains mois. Une simple hausse de 7% de la production pourrait renverser l’équilibre du marché.
Mais rien n’y fait ! Le nickel est en hausse, encore et toujours.
Passons du fondamental au technique…
Le RSI conforte mon opinion
Le RSI est un indicateur qui nous donne une idée de la « force » du marché et des signaux de surachat ou de survente. Il est exprimé en pourcentage (entre 0% et 100%). En dessous de 30%, le titre est dit « survendu », au-dessus de 70% il est « suracheté ».
Si l’on calcule le RSI sur 14 jours pour le cours du nickel, nous obtenons 69% ! Cela signifie concrètement qu’il a trop progressé par rapport à ses variations récentes et qu’une correction à la baisse est probable. Si nous franchissons le cap des 70% (et nous y sommes presque !), nous entrons dans une zone à risque. En effet, tout passage de l’indicateur sous la barre des 70% serait alors un signal clair de vente.
L’analyse technique conforte mon opinion. Il est temps de sortir du nickel si vous en détenez. Le potentiel de baisse étant très supérieur au potentiel de hausse. Il n’est pas impossible de voir le cours du nickel refluer jusqu’à 25 000 $ la tonne dans les mois à venir.
Nous sommes confrontés à une bulle. Une vraie. Une de plus…
... et elle est sur le point d’éclater.
Alors si vous détenez du nickel-métal, sortez du marché. Vous êtes prévenu.
Si vous le détenez sous forme d’actions (Vallourec, Eramet…) jaugez bien le pour et le contre en fonction du profil de chaque titre. Peut-être faut-il s’alléger…
A titre personnel, j’en suis même à me demander s’il ne faudrait pas carrément se positionner à moyen terme sur le nickel à la baisse. Certains produits sur le marché à Paris me permettent de le faire. Et j’avoue être très tentée…
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